(IN)CULTURE

Je crée, donc je rapporte

En Suisse comme en Europe, la gestion des droits d'auteur est une question épineuse. Demandez à la famille de Johnny…

Avant la diffusion du documentaire à charge Leaving Neverland, Michael Jackson restait une formidable machine à cash. Mais si l'autoproclamé King of Pop a gagné plus d'argent mort que vivant, nul doute que ce film le présentant plutôt comme le roi des attouchements sur mineurs sans défense, va mettre un sérieux coup de frein aux droits d'auteurs faramineux que touchent ses héritiers depuis sa disparition il y a dix ans. Héritiers, droits d'auteurs… Tout cela rappelle forcément le rocambolesque et il faut bien le dire pathétique procès qui oppose la veuve Hallyday aux enfants légitimes de Johnny.

A lire: Des témoignages accablants contre Michael Jackson

Laeticia contre Laura et David, ah que c'est qui qui va avoir le pognon – ou plutôt qui possèdera les droits de son gigantesque catalogue, promesse de belles royalties. Pour l'heure, le tribunal de Nanterre doit se prononcer sur la compétence de la justice française pour trancher ce litige. Avec en toile de fond cette interrogation qui – je ne sais pas pour vous – ne m'empêche pas de dormir: l'interprète de Quelque chose de Tennessee avait-il sa résidence habituelle en France ou aux Etats-Unis? Johnny l'icône française face à Johnny le passionné de culture américaine. Réponse le 28 mai, passons aux choses plus sérieuses.

Projet suisse renvoyé en commission

Il y a une semaine et demi, le Parlement européen approuvait une nouvelle directive sur le droit d'auteur, justement, modernisant un texte de 2001 qui ne tenait pas compte de la toute puissance des réseaux numériques et de la dématérialisation des supports, des géants Facebook, YouTube et Google. Le but? Permettre aux musiciens, écrivains, cinéastes et autres journalistes, de percevoir une partie des revenus générés via la mise en ligne de leur travail par des tiers. Logique. De son côté, la Suisse devrait s'aligner et mettre à jour sa législation. Mais pour l'heure, le Conseil d'Etat a renvoyé en commission un projet de révision du droit d'auteur.

Lire aussi: Droit d’auteur: la Suisse devra aligner sa législation

Dans ce projet, un point s'avère autrement plus problématique que la résidence de Johnny: la volonté d'exonérer les bibliothèques des indemnités qu'elles versent aux auteurs des livres, CD et DVD qu'elles louent. Pour les acteurs culturels et les organes de gestion des droits d'auteur, ce privilège serait une aberration – d'autant plus que le droit de prêt a déjà été supprimé. Ils ont raison. Rares sont les artistes suisses qui vivent correctement de leur travail, les priver d'une source de revenu supplémentaire, aussi infime soit-elle, serait un mauvais signal. En matière de culture, comme de journalisme d'ailleurs, l'idée de gratuité est intenable.


Les dernières chroniques (in)culture

Publicité