Editorial

Le crime financier ne doit pas payer

On a pu craindre que la vérité soit à jamais tue sur les malversations présumées de Pierin Vincenz, lorsqu'il était responsable de Raiffeisen. Ce ne sera pas le cas, puisque la justice zurichoise enquête. Et, quel que soit le verdict, c'est une bonne nouvelle pour la place financière

Soyons clairs, l’objectif de ces lignes n’est pas de déterminer la culpabilité de Pierin Vincenz, soupçonné de gestion déloyale. L’ex patron de Raiffeisen est présumé innocent tant que la justice zurichoise n’aura pas prouvé le contraire. Or celle-ci travaille à l’établissement de la vérité et c’est justement de cela qu’on peut se réjouir.

La Finma avait commencé le travail l’automne dernier, s’arrêtant à mi-chemin, laissant en suspens la question de la culpabilité de cette star désormais déchue de la finance. En décembre dernier, l’ex-homme fort de la banque coopérative, considéré comme son bâtisseur, venait de renoncer à son dernier mandat dans un établissement contrôlé par l’autorité financière et promettait de ne plus en accepter à l’avenir. Suffisant pour la Finma, qui jugeait alors sa procédure caduque et rangeait l’enquête au fond d’un tiroir. Complètement insuffisant pour à peu près tous les autres acteurs, qui, eux, étaient forcés de passer à autre chose avec un désagréable goût d’inachevé.

Crédibilité et réputation

Or cette zone d’ombre était bien trop grande pour être tolérable. Y compris pour certains de ses employeurs, une plainte ayant été déposée par Aduno, dont il était le président. Pierin Vincenz a-t-il profité de son poste de directeur général de Raiffeisen, occupé pendant seize ans, pour prendre des participations à titre privé dans des entreprises que la banque, ou une de ses filiales, allait ensuite racheter? C’est à cette question et à beaucoup d’autres que les enquêteurs zurichois doivent désormais s’attaquer.

Lire aussi: L’ancien patron de Raiffeisen, Pierin Vincenz, est en garde à vue depuis mardi

Leur travail bénéficiera à tous les acteurs. A la place financière, en premier lieu et quel que soit le fin mot de l’enquête. Elle ne devrait jamais pouvoir accepter que de tels soupçons persistent autour d’un acteur aussi emblématique sans jamais faire l’objet d’une investigation. En Suisse, les enquêtes sur des banquiers sont rares, et les condamnations le sont encore davantage.

Or il y va de sa crédibilité et de sa réputation. Aux sociétaires ou actionnaires de ces établissements et à leurs clients, ensuite, qui sont en droit de savoir si un responsable d’aussi haut niveau s’est rendu coupable de gestion déloyale. Au grand public, tant Pierin Vincenz était devenu incontournable. Au principal intéressé, enfin, qui, s’il est blanchi, pourra profiter de la retraite qu’il mérite après une carrière haute en couleur dans la finance.

A l’inverse, si sa culpabilité est établie, le message doit être tout aussi limpide: si malversation il y a eu, se retirer des affaires ne doit pas suffire à avoir la paix. Le crime financier ne doit pas payer, pas plus que les autres.

Publicité