Barack Obama ne l’a pas caché. Sa décision d’abandonner mercredi le projet de bouclier antimissile américain en Europe de l’Est, cher à l’administration Bush, n’est pas seulement un virage stratégique.

En optant pour d’autres technologies – «moins coûteuses», de son propre aveu –, le «commandant en chef» a agi avec une double lucidité. Lucidité financière, imposée avant par la crise, et sans doute aussi par d’autres coupes ultérieures dans le budget du Pentagone. Et lucidité géopolitique, tant ce déploiement annoncé en Pologne et en République tchèque symbolisait l’unilatéralisme revendiqué de son prédécesseur et mettait du sel sur toutes les plaies: celles de l’Union européenne (plus ou moins atlantiste), celles de l’OTAN (contrain­te de suivre aveuglément Washington), et celles (surtout) des relations avec la Russie, l’autre puissance nucléaire.

La question, maintenant, est de savoir si cette lucidité va être suivie d’effets dans un autre pays frappé par le séisme financier mondial, et qui serait bien avisé de revenir à une posture moins agressive: la Russie de Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev. Car c’est là que le message de Barack Obama peut faire une différence de taille.

S’ils acceptent d’y voir un feu vert à la normalisation de relations devenues plus que houleuses après la guerre d’août 2008 en Géorgie et l’occupation des républiques séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, les responsables russes peuvent saisir la chance de cette nouvelle donne. Et renouer un dialogue d’avenir avec deux entités incontournables pour leur pays. En premier, l’Alliance atlantique, dont le secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, doit annoncer aujourd’hui des «ouvertures concrètes» vers Moscou lors d’un discours très attendu à Bruxelles. En second, l’UE, prise en étau dans le dossier de l’énergie entre sa dépendance envers Moscou et les inquiétudes de ses pays membres les plus tributaires des livraisons de Gazprom.

La crise économique, tout en provoquant de terribles convulsions sociales, favorise une certaine détente. Elle réduit à néant certains rêves ruineux de puissance, impose davantage de coopération et oblige à des concessions.

La Maison-Blanche l’a compris. Mais le Kremlin?

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