Michèle Ollier

Crise de fiabilité dans la science. Que dans la science?

L’année 2013 a été une année difficile pour la crédibilité de la science,: de nombreux média spécialisés mais aussi généralistes ont relayé les informations publiées par des scientifiques de l’industrie qui déclaraient n’avoir pu répliquer qu’une petite partie des expériences scientifiques réalisées dans les laboratoires académiques. Cela veut dire que ces expériences ne peuvent être considérées comme fiables quelle que soit la cause de cette absence de reproductibilité

C’était dans l’air depuis longtemps mais un rapport interne de 2011 de l’entreprise pharmaceutique Bayer HealthCare, a été le premier à en a accélérer la prise de conscience et la communication. Ce document rapportait que des scientifiques de cette entreprise, basés en Allemagne n’avaient pu répéter que deux tiers des expériences décrites dans des publications scientifiques.

En 2012, c’était au tour d’un chercheur de l’entreprise américain Amgen de témoigner, dans la très cotée revue Nature son incapacité à reproduire 47 des 53 expériences qu’il avait sélectionnées pour leur importance dans la recherche en cancérologie.

Ces résultats ont créé la stupeur par l’ampleur du phénomène et ont été relayés dans de nombreux journaux et revues qui posaient deux questions: comment cela peut-il arriver et peut-on y remédier? Le pourquoi est en fait plus complexe que la simple fraude. Bien sûr la pression pour publier dans des revues cotées des résultats positifs dans un domaine innovant joue un rôle. Car c’est sur ce critère que les chercheurs sont jugés et il existe parmi les scientifiques des personnages qui ne peuvent résister à l’appel de la reconnaissance et des subventions qui en découlent: comme partout ailleurs!

Mais il n’y a pas que la décision consciente de manipuler des résultats, il y a aussi l’extrême complexité de nombreuses expérimentations dont les résultats peuvent varier en fonction de conditions de réalisations infimes, telles que la chaleur de la pièce, ou parce que le chercheur a cette fois pris plus de temps entre 2 étapes car il a répondu au téléphone ou fait autre chose (expérience vécue!) et l’expérimentation donnera un résultat différent sans que pour autant sa signification scientifique soit à remettre en cause. Souvent, ce n’est que lorsque ces expériences sont répétées par d’autres que le chercheur prend lui-même conscience de la non ou difficile reproductibilité de ses résultats.

Mais qu’elle qu’en soit la cause, dans la majorité des cas, le travail effectué perd de sa crédibilité et fait reculer la recherche et c’est cela certainement le plus grave. Car les conséquences sont importantes. D’abord le coût: en 2012 les pays de l’OCDE ont investi 59 milliards de dollars dans la recherche biomédicale. Mais il y a aussi l’impact sur la découverte de nouveaux médicaments qui dépend entièrement de la qualité de cette recherche.

La stupéfaction passée, très rapidement on a vu fleurir un certain nombre d’initiatives constructives pour remédier au problème. Ces initiatives pour l’essentiel prônent des règles plus rigoureuses de conduite des expériences qui faciliteront leur fidèle réplication, il deviendra aussi rapidement incontournable de faire reproduire toute expérience par un chercheur indépendant avant publication des résultats. Bien sûr cela se traduira par plus de contrôle, mais il est clair que l’on ne peut pas y échapper.

A la suite de ces événements, je me posais la question de la fiabilité des données et informations publiées dans d’autres domaines. Dans la recherche scientifique nous avons au moins la sanction de la reproduction des expériences mais c’est plutôt un cas particulier. Je ne crois pas que les scientifiques soient une population différente du reste de l’humanité, il y en a des brillants et des moins sérieux, certainement dans les mêmes proportions qu’ailleurs. Je ne crois pas que ce soit le seul domaine d’activité qui demande beaucoup de rigueur, alors comment imaginer que ce qui a été constaté avec la recherche scientifique ne soit pas aussi le cas ailleurs? Cela laisse songeur!

Dr Michèle Ollier, associée dans le secteur des sciences de la vie au sein de Index Ventures SA

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