Il faut bien l'avouer, l'économie mondiale mettra du temps à se remettre du chaos actuel et au jour de rédaction de cet article, nous sommes loin d'être certains d'avoir touché le fond, même si nous espérons chaque jour voir un signal d'embellie. Si la crise concerne au premier chef les bourses et les banques, l'économie réelle subira inévitablement des conséquences. Or notre économie est largement constituée d'une industrie forte qu'il paraît évident de devoir préserver au mieux.

Même - et surtout - si les gouvernements et les banques centrales mettent toute leur énergie à juguler la crise et soutenir les marchés financiers pour tenter de contenir ce marasme, leur capacité de résolution des problèmes ne pourra pas se passer des autres acteurs de la société civile nationale et transnationale. Ce d'autant qu'après avoir joué les pompiers de la bourse et de la banque d'affaires, ils seront, on l'espère vivement, très occupés à mettre en place les mécanismes qui éviteront à l'avenir de telles catastrophes.

Jusqu'ici, à part quelques voix discordantes, les «élites» suisses semblent préférer la politique de l'autruche à celle de la transparence, considérant, de manière étrange dans un pays démocratique à la culture dogmatique de la responsabilité individuelle, les citoyens au même niveau de naïveté et d'inconscience que les responsables du chaos financier actuel, prétendant les protéger d'une panique si évidente - et largement accessible en temps réel sur internet - moyennant un assourdissant silence.

Cette attitude, outre le peu de considération des «élites» pour les personnes qui les élisent, est fondamentalement consternante alors que les mêmes se sont servis à foison de l'argument de la globalisation pour convaincre les mêmes citoyens qu'un Alleingang n'est pas possible.

En conséquence de cette logique maintes fois répétée, il semble évident que la crise financière internationale ne risque pas de nous affecter beaucoup moins que la moyenne du reste de l'économie mondiale.

La récente concertation de la Federal Reserve Bank américaine, de la Banque centrale européenne - avec les banques nationales de l'UE - et de la BNS pour réduire les taux directeurs est non seulement un signe de cette inextricable dépendance - et de l'impraticabilité de solutions nationales - mais aussi le signal de la nécessité d'une concertation de tous les acteurs susceptibles de jouer un rôle pour atténuer les effets de la crise et relancer durablement l'économie mondiale sur de nouvelles bases.

A ce titre, le partenariat social au sein des entreprises pourrait être appelé à jouer un rôle central. Ce d'autant qu'en cas de licenciements collectifs et restructurations, les partenaires sociaux seront appelés à jouer leur rôle légal, soit celui de diminuer les conséquences fâcheuses de cette crise.

Mais toute solution durable ne pourra pas réussir sans prendre au sérieux le besoin de transparence des citoyennes et citoyens envers leur Etat et des travailleuses et travailleurs envers leur employeur.

En effet, devant le désastre actuel, personne ne pourra nier qu'il découle d'une dérive des plus perverse des idéologies ultra-libérales, décrite à juste titre comme «la privatisation des profits et la socialisation des pertes». En outre, comme déjà souligné, les priorités étatiques actuelles devront, elles aussi, recréer la confiance, non seulement dans notre économie globalisée, mais également en la capacité de l'Etat, très probablement de manière coordonnée, à juguler de telles crises efficacement et durablement.

Pour la Suisse et son industrie, il y va du maintien de sa compétitivité, d'un savoir-faire à très haute valeur ajoutée constituée d'une main-d'œuvre aux origines très largement internationale et donc qui pourrait être très prompte à retourner dans son pays d'origine ou plus généralement, dans ce monde globalisé, conduire des travailleurs de toutes nationalités à tenter leur chance sous des cieux plus cléments, et ils n'auraient certainement pas de problème de permis de travail s'ils sont compétents.

Pour conserver cette richesse vitale de la Suisse et ne pas être handicapé par une éventuelle fuite du savoir-faire lorsque l'économie pourra reprendre, le partenariat social est incontournable car il dispose d'une longue expérience de gestion des crises dans l'entreprise.

La réussite de ce défi pour les partenaires sociaux implique une prise de responsabilités réciproques sérieuses.

Pour les entreprises et leurs directions, une transparence suffisante - c'est-à-dire propre à rétablir la confiance, à la cultiver et la développer durablement - de même qu'une prise au sérieux des représentants des travailleuses et travailleurs et des partenaires sociaux ainsi que de leur rôle essentiel dans la prospérité de l'entreprise et son développement durable.

Pour les syndicats - et dans une moindre mesure pour les associations d'employés - l'abandon des positions dogmatiques du siècle passé et de l'instrumentalisation des conflits sociaux à des fins politiques ainsi qu'une meilleure coordination entre eux.

C'est un réel défi pour les partenaires sociaux, mais aussi une chance de participer au rétablissement durable de la confiance et de jouer à l'avenir un rôle plus actif dans la nouvelle économie concertée.

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