Hécatombe, fléau, épidémie: les mots ne manquent pas pour qualifier la crise des opioïdes qui sévit aux Etats-Unis. Un nouveau «record» d’overdoses vient d’être établi: 107 000 décès en 2021. Joe Biden a beau évoquer des programmes de distribution de seringues propres ou vouloir faciliter l’accès à la naloxone, antidote efficace capable de «ressusciter» des personnes faisant des overdoses, le mal continue de ronger affreusement la société américaine. Pire, de s’emballer.

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Des médecins corrompus

Qui est responsable? Les médecins peu scrupuleux et/ou corrompus, qui prescrivent avec une facilité déconcertante de puissants analgésiques contre des douleurs chroniques comme un simple mal de nuque, ont longtemps été montrés du doigt. Ils ont bien sûr des morts sur la conscience. Mais le malaise est bien plus profond. Et depuis des mois, un indécent ballet orchestré par des groupes pharmaceutiques s’opère sous nos yeux.

Des arrangements à plusieurs milliards de dollars sont scellés pour échapper aux poursuites judiciaires. Un exemple: le groupe Purdue Pharma, fondé par la famille américaine Sackler, qui a pignon sur rue en Suisse. Il est associé à un mot: OxyContin. Un analgésique psychoactif dont il a assuré la commercialisation grâce à un marketing agressif pendant des années. Et cela en essayant de nier son caractère addictif et le fléau qu’il engendrait.

Un plan de mise en faillite

Visé par la justice américaine dès 2017, Purdue Pharma négocie depuis 2019 un plan de mise en faillite pour se soustraire aux litiges et à ses responsabilités. Un plan qui prévoit désormais le versement de 6 milliards de dollars à titre d’indemnisation – plus de 140 000 victimes directes ont porté plainte, ainsi que des collectivités. Or, selon une enquête du New Yorker, le groupe aurait réalisé près de 35 milliards de dollars de bénéfice grâce au seul OxyContin entre 1996 et 2019.

Désormais, la famille Sackler, très active dans la philanthropie, cherche à se faire plus discrète. Loin des tribunaux américains? En mars, elle a, pour la première fois, dû faire face à des proches de victimes, très remontés. Une confrontation imposée par le juge des faillites. Trois membres de la famille Sackler ont assisté à son audience par Zoom ou par téléphone, et ont dû écouter de terribles récits sur des morts. Mais sans jamais s’exprimer.

Une mascarade? Aux Etats-Unis, le silence des groupes pharma est un autre fléau redoutable, qui s’ajoute à une crise déjà insurmontable.


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