Opinion

Crise de la presse: il est urgent d’agir

OPINION. Avec la disparition annoncée du «Matin» semaine, Dominique Diserens, secrétaire générale d'Impressum, tire la sonnette d'alarme et évoque des pistes de financement pour l'avenir de la presse

Après la disparition de L’Hebdo en 2017, on apprenait le 7 juin 2018 le projet de Tamedia d’abandonner la version papier du Matin. Encore un journal romand qui disparaîtrait. Il est maintenant urgent d’agir, sinon la diversité de la presse se réduirait à peau de chagrin. La sonnette d’alarme doit être tirée. Si nous utilisons le conditionnel, c’est parce qu’une procédure de consultation est ouverte pour que les employés et les associations représentant les employés fassent des propositions de mesures alternatives à ce projet, qui toucherait 41 postes. Donc les dés ne sont pas encore jetés malgré l’annonce de Tamedia le 7 juin dernier.

Que faire? Il faut d’abord que les grands groupes de presse prennent conscience de leur responsabilité dans la formation de l’opinion publique dans un pays où la démocratie directe est si intense et qu’ils arrêtent de prendre des décisions au nom de la seule rentabilité alors qu’ils regorgent d’argent.

Lire aussi: Un projet de loi qui oublie la presse écrite

Nouvelle forme de financement

Les journaux devraient être aussi reconnus d’intérêt public, remplissant une partie du service public, quand ils informent, forment et divertissent. Ils devraient donc, moyennant un mandat de prestations, participer au produit de la redevance. A ce titre, avec le projet de loi sur les médias électroniques mis en consultation ce 21 juin, la porte s’entrouvre pour les journaux en ligne, mais pas suffisamment encore, car seules les images en mouvement et l’audio sont visés, non le texte, ce qui est trop restrictif.

Les cantons devraient aussi mettre la main à la pâte. Nous sommes d’avis que c’est autant de la responsabilité de la Confédération que de celle des cantons d’aider directement le journalisme. Pour protéger l’indépendance rédactionnelle, il suffit qu’un intermédiaire comme une fondation reçoive les deniers publics en vue de les distribuer selon des règles spécifiques pour assurer cette indépendance.

Les journaux devraient être aussi reconnus d’intérêt public, remplissant une partie du service public, quand ils informent, forment et divertissent

Fijou, une association pour le financement du journalisme dont Impressum est membre fondateur qui a été fondée en octobre 2017, constituée en majorité par des journalistes avec pour but de recevoir des aides pour le journalisme et de les répartir auprès des bénéficiaires, et Nouvelle Presse, groupe de citoyens et de personnalités réunis en think tank pour réfléchir à de nouveaux modèles dont font partie notamment Luc Recordon, Fabio Lo Verso, Stéphane Rousset ou Claude Torracinta, ont réfléchi depuis au moins une année à des modèles d’aide qui pourraient très vite s’appliquer aux titres en difficulté ou en devenir ainsi qu’aux journalistes.

Lire aussiAbandonner le papier? Un pari «très risqué» pour les quotidiens

Modèle scandinave

A notre avis, seule cette nouvelle forme de financement, avec des aides d’Etat, qui existe à satisfaction dans les pays scandinaves ou en France sera à même d’enrayer la destruction graduelle du tissu journalistique. Si rien n’est entrepris de concret, c’est tout un savoir-faire qui s’évaporera et des talents qui devront se tourner vers une reconversion, voire être condamnés au chômage.

Ce nouveau mode de financement pourrait être aussi couplé à des fonds privés de mécènes ou de fondations, si nombreuses en Suisse, insuffisamment utilisés pour le financement du journalisme.

Nous attendons un réel sursaut civique des décideurs, des entreprises de presse, de la Confédération, des cantons et des communes ainsi que des mécènes et fondations. Sinon qui sera le chien de garde de demain de la démocratie? Une société sans diversité de la presse est une société en déliquescence. Nous n’en voulons pas pour la Suisse (romande).

Publicité