L'heure du choc a donc sonné. Il met en jeu deux conceptions des institutions et de l'avenir du pays. Il faut saluer Pascal Couchepin et les fortes paroles qu'il a prononcées ce week-end. C'est en homme d'Etat qu'il situe le débat, accusant Christoph Blocher et les siens de prendre la démocratie directe en otage. C'est au nom de valeurs fondamentales qu'il sonne le tocsin et s'autorise une attaque directe contre l'un de ses pairs.

L'ambiance au Conseil fédéral n'en sera pas améliorée, mais n'en déplaise au président de la Confédération, Joseph Deiss, on peut douter qu'il soit encore temps de sacrifier aux formes. Qui est encore dupe des laborieux rabibochages destinés à sauver les apparences de l'entente cordiale au sein du Conseil fédéral?

Car la réalité est là. Par ses surenchères continues, l'UDC a choisi la fuite en avant. C'est désormais flanqué de MM. Fehr et Schlüer que le président du parti attaque tout ensemble la classe politique, les médias et l'administration, qu'il se pose en martyr et invoque le complot de «l'établissement». Le populisme était jusqu'à présent une arme de campagne. Il devient la culture permanente du parti, où il étouffe les voix éclairées et les conservateurs de bonne foi.

Cette crise est salutaire parce qu'elle offre une occasion rêvée au centre droit de clarifier ses positions. L'UDC et Christoph Blocher présentent sur un plateau les enjeux du combat: la vitalité des institutions et la politique d'ouverture (si mesurée!) à l'Union européenne. Aucun thème n'est plus propice aux radicaux pour faire valoir leur différence face à leurs concurrents nationalistes. Aucun terrain n'est plus favorable à la coalition des forces raisonnables du pays. On ne voit pas qu'elles perdent à s'y montrer unies et pugnaces, pour peu qu'elles cessent d'avoir peur de leur ombre.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.