La Russie de Vladimir Poutine est sous le feu des critiques d’un Occident qui l’accuse de promouvoir des lois liberticides, d’opposants intérieurs en colère contre un pouvoir brutal, cynique et gangrené par la corruption. Il y a une année, l’élection contestée de Vladimir Poutine embrasait Moscou. Ses plus farouches opposants n’ont pas désarmé, même s’ils seront sans doute moins nombreux à manifester ces tout prochains jours.

Leur colère ne doit pas être exagérée, ni sous-estimée. Elle doit être entendue pour deux raisons. En premier lieu, parce qu’elle témoigne qu’un grand pays aux frontières de l’Europe n’a toujours pas réussi sa transition démocratique et donne des signes d’un raidissement intérieur qui brise les espoirs de ceux qui placent la liberté et la dignité des peuples au panthéon des aspirations humaines. Leur échec est le nôtre, tant ce pays nous semble proche et admirable. Il nous affecte dans nos relations diplomatiques et commerciales. La Russie de Vladimir Poutine, à la fois si riche avec ses hydrocarbures et si pauvre dans son développement politique et économique, est un mauvais exemple pour tous ceux qui s’engagent dans un processus de libéralisation.

La seconde raison est géopolitique. Tout montre que l’Europe, mais également les Etats-Unis ont besoin de la Russie pour développer un monde plus équilibré, et peut-être plus paisible comme aime tant le répéter avec une sincérité désarmante le dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev.

Mais, comme nous le disait avec franchise un diplomate occidental, si tous les pays cherchent à entretenir de bonnes relations avec la Russie, aucun ou presque ne parvient à établir une réelle confiance. Le père de la perestroïka et de la glasnost n’a pas été compris à temps dans ses intentions; son successeur Boris Eltsine n’a obtenu qu’au compte-gouttes une aide vitale; Vladimir Poutine n’a pas été traité d’égal à égal par les Etats-Unis et l’OTAN au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. L’attentat récent de Boston démontre tragiquement que la Guerre froide est peut-être terminée mais n’est toujours pas enterrée.