Le cyclisme a beau se soigner, la gangrène du dopage ne cesse de le rattraper. Pendant une année, les affaires l'ont mis aux soins intensifs. Le malade, sûr de lui jusqu'à l'arrogance, refusait de se prendre en main. Un état d'esprit qui laissait craindre le pire pour le Tour de France 99.

Dix jours de course sont aujourd'hui écoulés. Sans scandale ni flagrant délit. Pourtant, la petite reine n'a pas retrouvé ses lettres de noblesse. Elles sont cachées dans les contreforts de la confiance trahie des médias. Depuis que le vélo existe, ces derniers ont été prompts à encenser les exploits des princes de la route. Ils les ont aimés passionnément, leur ont offert la gloire. Pour finalement se sentir dupés.

Cette blessure profonde n'a rien à voir avec les petites incartades du passé. C'est un coup de poignard dans le dos, difficile à pardonner. Sur la route du Tour de France, les images du passé sont toujours vivaces: on regarde de travers, on suspecte.

Difficile dans ces conditions d'apprécier la réalité. Au royaume de la suspicion, seules les défaillances sont acceptées. Les exploits à répétition? Douteux dans un monde nouveau, propre. Lance Armstrong, actuel maillot jaune du Tour, en sait quelque chose. Deux jours de domination outrageuse ont suffi à réveiller les démons d'un passé de tricherie. La grande famille du cyclisme, passionnés compris, s'interroge, doute, parfois à haute voix. Plus personne ne croit à ce qu'il voit.

Et pourtant, rien ne permet d'étayer ces intuitions désagréables. Des preuves, il n'y en a pas. La vie de l'Américain, revenu au sommet après avoir soigné un cancer, a tout du conte de fées moderne. Cependant même les belles histoires ne font plus recette. Pour s'en sortir, le cyclisme n'a plus le choix: il doit jouer la transparence, bannir le secret médical derrière lequel il se cache encore trop souvent. Le sacrifice est peut-être important, mais les champions ne doivent pas oublier que c'est à eux de se faire pardonner.

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