Les marchés financiers internationaux ont implosé en bonne et due forme ces dernières semaines. Pourquoi je parle d'implosion? Pour une simple et bonne raison: les derniers développements sont dus avant tout à un manque de confiance des acteurs du marché financier. L'élément qui, à la base, a déclenché le mouvement - la crise des «subprimes»- passe désormais au second plan. Au plus tard depuis le 15 septembre dernier, lorsque les Etats-Unis ont laissé partir Lehman Brothers en faillite, on assiste à un effet de dominos sans précédent.

Pourtant les bases réelles de cette panique de masse sont aussi minces que celles qui ont conduit les banques d'investissement à offrir en masse des hypothèques immobilières titrisées. En d'autres termes, il s'agit d'un problème psychologique. Plus la confiance baisse, plus les pertes augmentent. A cela s'ajoute un deuxième problème psychologique. En raison des pertes effectives, tous les augures qui annonçaient une grave récession dans l'économie mondiale voient leurs prévisions confirmées.

Dans toute cette cacophonie de mauvaises nouvelles, je regrette qu'il n'y ait pas d'esprits sereins qui, sans peindre la situation en rose, mettent en avant les chances de reprise de la conjoncture. La manière précisément dont les nations industrielles se sont coordonnées pour amortir le choc et venir au secours de l'industrie financière laisse espérer que le désastre que tout le monde croit voir venir ne soit pas si grand. Dans cette situation de concurrence globale, il était décisif qu'UBS reçoive aussi une forme de garantie d'Etat, alors que toutes ses concurrentes étrangères en disposaient déjà. Car à côté des problèmes internes, UBS commençait à souffrir des distorsions de la concurrence. Or aucun organisme ne peut supporter à long terme deux graves maladies.

En tant que responsable des finances de la plus grande ville de Suisse, je ne peux que saluer l'engagement de la Confédération dans cette situation spéciale. Un démembrement, voire un effondrement d'UBS aurait eu des conséquences catastrophiques pour l'économie de toute la Suisse.

Et la Ville de Zurich aurait été particulièrement touchée par ce scénario. Un sixième des impôts que la Ville encaisse provient au cours des dernières années de Credit Suisse et d'UBS. Zurich ne pourrait pas compenser la défection d'une des deux grandes banques sans devoir couper massivement dans ses dépenses. Dans l'état actuel des choses, nous pouvons faire face à trois ou quatre mauvaises années grâce à nos réserves.

Par chance, nous avons toujours été très clair à la Municipalité, et déclaré qu'une baisse d'impôts n'entrait en ligne de compte que si les fonds propres atteignaient au minimum 800 millions de francs. A fin octobre 2007, cette somme s'élevait à 962 millions de francs, un matelas de secours qui va nous permettre de résister au cours des prochaines années. Au passage, il faut souligner que la stabilisation d'UBS, comme elle a été décidée par la Confédération, permet de maintenir des milliers d'emplois, qui génèrent à leur tour des impôts.

Je suis personnellement convaincu que les difficultés des marchés financiers seront résorbées d'ici deux à trois ans. Pour cette raison, la Municipalité de Zurich ne veut pas faire preuve d'hyperactivité, ni renforcer encore cette tendance négative en lançant des mesures d'économie contre-productives. Comme dans les années précédentes, nous allons utiliser les moyens à disposition de manière efficace et maintenir les investissements à un niveau élevé, mais bien contrôlé. Car nous sommes convaincus qu'un site qui dispose d'infrastructures fortes aura un atout à jouer lorsque l'industrie financière va se relever.

Quant aux conséquences politiques de la crise actuelle, c'est une autre paire de manches. Les tenants de la dérégulation et de la privatisation ne vont pas avoir la tâche facile, et n'auront même plus aucune chance au niveau politique. Nous allons au-devant d'une phase de re-régulation et de contrôle étatique. Pour les pouvoirs publics, cela signifie toutefois une chance inespérée. Les administrations publiques vont pouvoir montrer qu'elles sont absolument en mesure d'agir de manière entrepreneuriale, et cela même sans incitations financières exorbitantes.

Je n'ai pas encore abandonné l'espoir que, une fois passée cette tempête particulièrement dangereuse, l'économie privée retrouve le goût d'entreprendre tout en gardant le sens de la mesure. Et qu'elle porte un jugement plus objectif sur les administrations publiques. Les médias devraient aussi faire leur part et renoncer à amplifier un climat de tempête. Les crises sont aussi une chance. Je ne suis pessimiste ni pour UBS, ni pour Credit Suisse, et je crois à un avenir positif pour la place financière zurichoise.

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