Editorial

La croissance est revenue. Et maintenant?

ÉDITORIAL. Les décisions des banques centrales, les réformes, les nouvelles technologies mais aussi les sacrifices des travailleurs, des consommateurs et des contribuables ont relancé l’activité économique. Il est temps de partager les fruits de la reprise

On ne va pas bouder son plaisir; il est temps de sabrer le champagne. L’économie suisse a retrouvé son dynamisme. Les principaux signaux sont au vert vif. Le taux de croissance, 1% en 2017, atteindra plus que le double l’an prochain (2,4%). Les exportations, qui tirent le produit intérieur brut (PIB) vers le haut, tournent à plein régime. Dès 2018, la demande intérieure va s’accélérer.

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Autour de nous, la zone euro, qui était au bord de l’explosion dans la sombre perspective du Grexit en 2010, a aussi retrouvé des couleurs. L’économie européenne, qui était plongée dans la récession au début de la décennie, s’est redressée de façon spectaculaire. Même le Brexit ne provoquera pas de drame, du moins pas dans l’immédiat.

Le chômage au-dessous de 5% aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, Barack Obama a remis une économie en bonne santé à son successeur Donald Trump, alors même qu’il avait hérité une situation désastreuse de son prédécesseur George Bush, notamment sur le plan de l’emploi. Le taux de chômage américain est descendu au-dessous de la barre de 5%.

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Du côté des pays émergents, les nouvelles sont également bonnes. Ils constituent un débouché indispensable pour les exportations des pays industrialisés et continuent à fournir des produits à bas prix aux usines et aux consommateurs des économies riches. Conséquence vertueuse, leur propre niveau de vie s’améliore.

Inégalités

Aux côtés des mesures prises par les banques centrales (injection de fonds dans l’économie et taux d’intérêt au plus bas) et des nouvelles technologies, qui ont apporté un nouveau souffle à l’activité, les sacrifices des salariés, des consommateurs et des contribuables ont participé au redressement. Sous forme de licenciements, de salaires gelés, de pouvoir d’achat stagnant et d’impôts élevés. Dès lors, il est temps de distribuer les fruits de la croissance. D’autant plus que la crise a creusé les inégalités, tant entre pays qu’à l’intérieur des frontières nationales, entre les gagnants et les perdants de la mondialisation.

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Il n’est pas impossible que des décideurs politiques et économiques évoquent les excès du passé pour prolonger un régime d’austérité. Mais attention, reprise de la croissance, bourses en verve et bénéfices des entreprises en hausse ne signifient pas encore des bénéfices concrets pour les millions de personnes qui restent sans travail et sans perspectives.

«Génération perdue»

In fine, sans une nouvelle redistribution des richesses, on risque d’ouvrir la porte à l’intolérance, aux extrémismes et à l’instabilité politique et sociale. L’urgence se fait sentir, plus particulièrement dans les Etats où le taux de chômage des jeunes est si élevé – au-dessus de 20% en Italie, en Espagne, au Portugal, en France, au Royaume-Uni – qu’on évoque déjà une «génération perdue».

Dossier
La reprise économique en Europe après dix ans de crise

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