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La croix de la discorde, nichée dans la commune bretonne de Ploërmel.  
© DAMIEN MEYER

Laïcité

La croix de Ploërmel réveille la droite identitaire française

Face au retrait annoncé d’une croix dans une petite commune bretonne, les internautes ripostent en postant moult clichés du symbole religieux, partie intégrante selon eux du patrimoine culturel français

Il n’y a encore pas si longtemps, elle était inconnue. La croix de Ploërmel, du nom de cette petite commune du Morbihan, se trouve aujourd’hui au cœur d’un duel entre défenseurs de la religion catholique et partisans de la laïcité.

Tout est parti d’une plainte de la Fédération morbihannaise de la libre pensée. Selon ses membres, la sculpture en forme de croix, érigée au-dessus d’une statue de Jean Paul II en 2006, n'a pas droit de cité dans la bourgade bretonne puisqu'elle va à l'encontre de la laïcité française. Un avis suivi par le Conseil d’Etat, qui a annoncé le retrait prochain de la dite Croix. Depuis, la résistance s’organise autour du hashtag #MontreTaCroix et déferle jusqu’en Pologne. Sans surprise, les mouvances identitaires et d’extrême droite s’engouffrent dans la brèche au nom de la défense du patrimoine.

La croix dans l’espace public, un symbole inapproprié pour ceux qui prônent une stricte séparation entre Eglise et Etat; un héritage historique, une «mémoire enracinée» pour d’autres. En Suisse aussi, la polémique revient régulièrement, d’autant qu’au-delà du symbole religieux, la croix figure aussi sur le drapeau national. En 2010, l’Association suisse des libres penseurs s’était notamment attaquée aux croix sur les sommets.

Nombreuses exceptions

En France, les symboles religieux ne sont a priori autorisés que dans les lieux privés depuis 1905. Mais les exceptions sont nombreuses: pour les édifices de culte, les terrains de sépulture, les monuments funéraires ou encore les musées et expositions. «Qui peut croire qu’il est possible de séparer saint JP II et la Croix du Christ!» s’étrangle @I_Montalembert.

Débat aux extrêmes

Dans un contexte confessionnel tendu, le débat polarise à l’extrême: tout acte de «déchristianisation» est automatiquement perçu comme une porte ouverte à l’islamisation. Et l’anecdote prend soudain des airs de croisade des temps modernes. «Interdire la croix pour mieux autoriser le voile? Le monde à l’envers», raillent certains internautes. Volant au secours de la statue en danger, le gouvernement polonais s’est proposé de la «sauver de la censure» en la transférant en Pologne.

#MontreTaCroix

A l’appel de la «cathosphère», chacun y va de son exemple. Calvaires, décorations militaires, monuments aux morts ou encore crucifix: des clichés de milliers de croix essaiment sur le Web. Une sorte de pied de nez aux autorités, qui «ne parviendront jamais à tout déterrer». Louis Aliot (FN), Isabelle Balkany (LR) ou encore Christine Boutin (PCD) entrent dans la danse. Députée des Bouches-du-Rhône, Valérie Boyer prend elle aussi position sur le site de Valeurs actuelles. «Cette affaire peut paraître anecdotique mais la boîte de Pandore est ouverte. Jusqu’où ira ce courant laïciste qui cherche à renier les racines chrétiennes de la France?»

«Décision mesurée»

En Bretagne, où la religion catholique est fortement ancrée, la position du Conseil d'Etat passe mal. Interrogé par France Info, le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène, estime pourtant qu'elle n’a rien de «rigoriste», contrairement à ce que l’on a pu entendre. L’abbé Jean-Yves Le Saux parle lui aussi d’une «décision mesurée» dans Le Figaro

Pas de quoi toutefois réconcilier les internautes. «L’épisode #MontreTaCroix aura prouvé, une fois encore, que nos soucis ne viennent pas de l’extérieur, mais de l’intérieur, estime @ArthurPithude. En fait, nous vivons une sorte de guerre civile idéologique entre ceux qui veulent protéger l’héritage et ceux qui veulent le liquider.» «Bravo à nos ayatollahs laïcards qui, en tapant avec tout leur sectarisme sur les catholiques, parviennent à l’effet inverse: #MontreTaCroix», lâche @PtdArcole.

Ploërmel, petite commune bretonne d’à peine 10 000 habitants, a désormais six mois pour appliquer la décision du Conseil d’Etat. Au grand dam du maire, Patrick Le Diffon, qui espère encore éviter une «guerre de religions». «Le jour J, j’espère qu’une foule immense encerclera ce monument pour empêcher le retrait de sa croix», avertit déjà un internaute.

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