Après le printemps arabe, 2011 sera-t-elle aussi l’année cubaine? Cuba, qui a incarné la résistance à l’impérialisme occidental pour les uns, une dictature qui n’a de révolutionnaire que la rhétorique de ses dirigeants pour les autres, est en plein chamboulement après que Raul Castro eut annoncé, l’an dernier, sa volonté de licencier 1,3 million de fonctionnaires d’ici à 2013 et de libéraliser une partie de l’économie. Le régime castriste, en place depuis 1959 et acculé par une crise économique terrifiante, n’a en réalité plus le choix: pour sauver de la banqueroute l’Etat, qui emploie 90% des citoyens, il doit mener des réformes drastiques. Comme le disent métaphoriquement certains architectes cubains, si le pays ne s’est pas effondré, c’est grâce à l’«estatica milagrosa», un équilibrisme miraculeux qui relève beaucoup du bricolage et de la débrouillardise. L’urgence est telle que les deux secteurs phares, la santé et l’éducation, qui ont longtemps fait de Cuba un modèle parmi les pays latino-américains grâce à la manne soviétique de 5 milliards de dollars par an, sont en crise, perdant des centaines de milliers d’employés excédentaires.

Le congrès du Parti communiste qui se tiendra le 16 avril – le dernier a eu lieu en 1997 – devrait confirmer l’avènement de grandes réformes économiques «à la vietnamienne». Le pari n’est pas gagné. Les Cubains se souviennent avec amertume de la période spéciale des années 1990. Fidel Castro s’était vu contraint de privatiser certaines activités économiques. Mais la mesure n’avait pas duré. Pour réussir ses réformes, Raul Castro devra convaincre les Cubains qu’il ne s’agit pas d’une simple manœuvre tactique. Portés par le souffle du printemps arabe et le courage du jeune dissident Guillermo Farinas, les Cubains, étouffés par les frustrations, n’accepteront sans doute plus une nouvelle tromperie.

Motif d’espoir: les signaux d’ouverture se multiplient. Mercredi, le pouvoir cubain a relâché les deux derniers des 75 prisonniers politiques du «Printemps noir» de 2003, une manière symbolique de solder l’un des actes les moins glorieux du Lider maximo.