«Message in a bottle, yeah…» Depuis une dizaine de jours, le tube de Police me trotte inlassablement dans la tête. Car des bouteilles à la mer, des SOS envoyés au monde, je ne cesse d’en recevoir. Les milieux culturels craignent pour leur avenir et ils veulent que cela se sache. Il y a par exemple cette lettre ouverte d’une alliance des compagnies d’arts scéniques indépendantes, et dont les nombreux signataires demandent des aides concrètes et adaptées, seul moyen d’assurer leur survie.

Créée par plusieurs grandes associations conscientes elles aussi que l’union fait la force, la Taskforce Culture évoque de son côté un tunnel sans fin et une insécurité totale. Quant à Sonart, l’Association suisse de musique, elle souligne que le secteur de la culture a besoin de clarté et de règles uniformisées.

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Et il y a aussi Petzi, la faîtière des clubs et festivals de musiques actuelles, qui est aux abois, le secteur du live ayant été terrassé. Ou encore un fameux attaché de presse à moustache, actif dans ce milieu du cinéma qui me passionne tant et que je connais depuis vingt ans, qui effectue un sérieux travail de lobbying médiatique pour alerter sur les effets néfastes de la crise pour les exploitants et distributeurs.

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Et il y a aussi, enfin, ces travailleurs culturels indépendants qui ne sont pas employés par des structures solides ou des institutions subventionnées et qui voient leur situation déjà précaire se détériorer un peu plus chaque jour. Ils se laissaient jusque-là porter par le courant, par leurs envies créatrices et les opportunités; ils ressemblent aujourd’hui aux concurrents du Vendée Globe faisant tout pour ne pas chavirer. Pas très rassurant tout ça, non? J’écrivais déjà cela le 14 mars dernier, dans ma première chronique évoquant le coronavirus, et malheureusement, huit mois plus tard, la situation est plus dramatique encore.

Interview de Philippe Bischof: «Nous sommes là pour soutenir la culture»

Ce lundi, Alain Berset reçoit les grandes faîtières de la culture pour une discussion. Il faut impérativement que de cette rencontre émergent des mesures supplémentaires et concrètes, un véritable plan de bataille allant au-delà des annonces d’enveloppes budgétaires mises à disposition. Car comme le souligne Philippe Bischof, directeur de Pro Helvetia avec lequel je me suis longuement entretenu, «l’écosystème de la culture est tellement complexe qu’il est impossible de faire des généralités». L’essentiel est de mettre urgemment en place des mesures ciblées. Car si j’ai du Police dans la tête, j’espère bien ne jamais m’entendre fredonner l’insupportable générique de fin du Titanic de James Cameron.


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