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Le Festival de la Cité (ici l'artiste Mithkal Alzghai) est un succès populaire mais un rendez-vous trop élitiste pour certains. 
© Jean-Christophe Bott / Keystone

(In) culture

La culture, ce bien qui devrait être un acquis

Le Festival de la Cité trop élitiste? C’est l’avis de certains. Et si on abolissait plutôt les chorales de villages? Non, car toutes les cultures sont importantes

Alors qu’à l’heure des grandes vacances l’actualité politique et économique fond comme peau de chagrin, la vie culturelle, elle, bouillonne comme jamais. Les chiffres avancés au début de l’été par la RTS donnent même le vertige: chaque semaine, en juillet-août, ce ne sont pas moins de quarante festivals qui se déroulent simultanément. Un autre chiffre, dévoilé il y a deux ans par l’Office fédéral de la culture: en Suisse, la culture génère des recettes annuelles de 70 milliards.

Mais voilà, régulièrement, des pisse-froid raillent le caractère supposément élitiste de certains événements à coups d’arguments faisandés et d’aphorismes risibles, genre «cette peinture, un enfant de 5 ans aurait pu la faire», ou «dingue, un comédien seul sur une scène qui reste immobile sans parler». Cette année, c’est le Festival de la Cité qui a été la cible d’une polémique à cause de certains spectacles jugés trop pointus. Reste qu’il a accueilli 100 000 spectateurs, et que même si une partie d’entre eux sont simplement venus boire un verre dans les rues étroites du cœur historique de Lausanne, ce succès populaire est réjouissant. La gratuité de la manifestation lui permet en outre, justement, de proposer une programmation audacieuse permettant à ceux qui font preuve d’un tant soit peu d’ouverture de découvrir des propositions artistiques qu’ils ne seraient probablement jamais allés voir autrement.

Straub contre Rondo Veneziano

Or pour certaines personnes, qui souvent d’ailleurs affichent des sympathies politiques qui tendent vers l’extrême droite, proches d’un parti connu pour ses attaques répétées contre la culture subventionnée, il faudrait donc que le Festival de la Cité abandonne ce qui fait sa spécificité. Pour, à la place, se contenter d’accueillir des humoristes, des jongleurs et des chansonniers? Suivons la même logique et allons-y… Mais pourquoi le Montreux Jazz a-t-il découragé une partie du public de London Grammar en invitant le même soir The Cinematic Orchestra, collectif qui s’est fendu d’un concert flirtant avec le free-jazz dissonant? Et dans le fond, le festival ne devrait-il pas tout simplement abandonner cette musique complexe qu’est le jazz? Et est-ce une bonne idée que le Locarno Festival rende cet été hommage à Jean-Marie Straub? Ah oui! interdisons aussi à Godard et Weerasethakul de tourner vu que leurs films n’attirent pas grand monde en salle?

A lire: Le Festival de la Cité est-il trop élitiste?

Continuons: ras-le-bol de ces musées d’art contemporain qui exposent des œuvres incompréhensibles, marre de ces théâtres qui proposent des pièces expérimentales, sus à ces salles qui programment de la musique contemporaine. Qu’on nous rende la peinture figurative, le vaudeville et Rondo Veneziano! Quand j’entends des voix s’élever contre ce qu’elles considèrent comme de la culture élitiste, je ne peux m’empêcher de penser à ces imbéciles radicalisés détruisant Palmyre ou déboulonnant les bouddhas de Bamiyan, à ces dictateurs muselant les artistes parce qu’ils pensent que la culture est dangereuse. Non, elle ne l’est pas. Mais oui, elle peut diviser, comme elle peut être au contraire rassembleuse. Elle peut être source d’intéressants débats contradictoires, comme elle peut aider à la cohésion sociale. Elle parle du monde, de nous, des autres. Elle est nécessaire. Toutes les cultures sont nécessaires, des plus populaires aux plus pointues.

Cette chronique n’est ni combative, ni vindicative. Elle n’est là que pour manifester une triste incompréhension face à la bêtise de certaines attaques, un peu comme si, en retournant le miroir, je prônais ici l’abolition des chorales de villages et des troupes de théâtre amateurs. En 2017, en Suisse, je ne devrais pas à avoir écrire cette chronique.


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