Une menace se profile à l'horizon. Pire qu'un orage, pire qu'une tornade. La paix des ménages est menacée. L'industrie du cinéma tremble de peur. Les festivals en tout genre se défendent comme ils peuvent. A un peu plus de sept semaines du premier match de la Coupe du monde de football, le monde culturel se prépare à vivre une catastrophe et cherche la meilleure stratégie pour résister sans trop de dommages au marteau pilon du spectacle sportif.

Ce discours panique est aussi exagéré qu'il est intéressant. Au bout d'un mois et quelques dizaines de matchs, c'est-à-dire au lendemain de la finale qui se déroulera le 12 juillet prochain, on peut être certain qu'elle paraîtra dérisoire. Le monde ne se sera pas arrêté. Le nombre des divorces n'aura pas augmenté. Et ceux qui prétendent détester le sport auront sans doute admiré, un jour ou l'autre, les prouesses des joueurs aux pieds agiles.

Pendant ce temps, les lecteurs auront continué à lire. Les amateurs de peinture auront visité des musées. Les cinéphiles auront fréquenté les salles obscures. La musique aura eu des auditeurs et les concerts se seront déroulés devant des salles bien garnies. Faut-il croire ceux qui laissent entendre qu'il y aurait la moindre incompatibilité entre la Coupe du monde de football et la culture? Faut-il imaginer des vocations culturelles contrariées entre le 10 juin et le 12 juillet? C'est accorder bien peu d'importance au plaisir – celui qu'on se choisit soi-même, qu'il soit footballistique, culturel, ou ce qu'on voudra d'autre – et à la liberté. Le Mondial ne s'imposera qu'à ceux qui se le laisseront imposer.

Les seuls qui risquent réellement d'être victimes de l'engouement pour le Mondial sont ceux qui se trouvent directement en concurrence avec lui: les industriels de la culture qu'il ne faut confondre ni avec les artistes, ni avec les amateurs d'art.

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