C’était il y a trois semaines, il y a presque une éternité en cette période de confinement où le temps réel, comme dans les films de science-fiction, ne semble pas équivalent au temps vécu. Après son téléjournal de la mi-journée, France 2 diffusait Les Tontons flingueurs. Et dans la foulée, j’apprenais que le lendemain, le début d’après-midi serait placé sous le signe de La Grande Vadrouille. Le grand cinéma populaire à la française à la rescousse d’une population devant apprendre à rester chez elle. Car c’est un fait, la promesse de retrouver des comédiens «comme on n’en fait plus», couplée à celle de réentendre des dialogues «comme on n’en écrit plus», est autrement plus agréable que celle de devoir se farcir un énième Taxi ou une «danyboonerie» à l’humour de fond de caleçon. Ou, pour moi du moins, d’avoir à subir une intégrale Luc Besson synonyme de torture extrême.

Depuis que le coronavirus s’est invité dans notre quotidien à la manière de Glenn Close s’infiltrant dans la vie de Michael Douglas dans Liaison fatale, notre consommation culturelle est devenue virtuelle. Finis les spectacles d’arts vivants, les séances de cinéma entre amis, la musique live, les expositions. Et place à une foultitude de propositions alternatives, du concert filmé depuis son salon, et tant pis pour le son un peu pourri et l’image qui se fige, les visites en ligne plus ou moins intéressantes, et ces alternatives aux grandes plateformes de streaming via la mise en ligne de catalogues donnant accès à des films rares, oubliés, indépendants – à un cinéma d’auteur exigeant qui est l’une des grandes victimes de la fermeture des salles.