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Œuvre, de l’artiste Pierre Charpin, collection Torno Subito, lors de la présentation de la nouvelle exposition «Ettore Sottsass et Pierre Charpin: en verre et contre tout», au Mudac à Lausanne. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT, Keystone

Opinion

La culture, une part de bonheur: c'est la statistique qui le dit

Pour Yvette Jaggi, ancienne syndique de Lausanne et ex-présidente de Pro Helvetia, les activités culturelles contribuent à la qualité de la vie. Confirmation par les chiffres

Les comptes nationaux, qui suffisent tout au plus à mesurer les performances économiques d’un pays, ignorent tout de la qualité de vie de ses habitants. Cette grave lacune, Joseph Stiglitz et Amartya Sen la dénoncent depuis le siècle dernier.

En 2009, ils ont pu faire ensemble, avec Jean-Pierre Fitoussi, des propositions utiles pour la combler, dans le rapport final d’une commission mandatée par le président français Nicolas Sarkozy.

Pour refléter les réalités vécues et apprécier les avances désirables, la mesure d’un produit intérieur brut (PIB), axé sur la production de biens matériels, devrait être complétée notamment par la prise en compte du patrimoine en plus des revenus et de la consommation et, surtout, assortie d’une batterie d’indicateurs établis dans la perspective des ménages.

Une «soutenabilité» économique et environnementale

Ces repères permettraient d’évaluer les inégalités sociales, la «soutenabilité» économique et environnementale, le bien-être objectif et subjectif, en bref la qualité de la vie, actuelle et même future.

S’inspirant de ces propositions, l’OCDE lançait dès 2011, pour ses 36 pays membres, son indice du Bonheur intérieur brut (BIB). L’instrument se perfectionne au gré des enquêtes et des études comparatives, mais pas au point de permettre un véritable classement international selon le BIB.

Sans surprise toutefois, on constate que la population bénéficie d’un degré de bien-être – et de satisfaction – relativement élevé dans certains pays réputés offrir une bonne qualité de vie: Australie, pays scandinaves, Islande.

Le bonheur suisse

Parmi les pays privilégiés, on trouve évidemment la Suisse dont la performance globale reste parmi les meilleures, quoique freinée par des faiblesses plus ou moins notoires.

La position moyenne en matière d’éducation est connue, tout comme celle dans le domaine du logement, rare et cher. En revanche, on peut s’étonner de la contre-performance en matière d’engagement civique: la Suisse se classe bonne dernière pour la participation électorale, dont le très faible taux est attribué à la fréquence des consultations aux différents niveaux de l’Etat fédératif. Inversement, la Suisse se retrouve dans le duo de tête pour le niveau de l’emploi et, très important, pour la densité des liens sociaux: 96% des habitants pensent connaître quelqu’un sur qui compter en cas de besoin, taux supérieur à la moyenne de l’OCDE (88%) et proportion la plus élevée parmi les 36 pays membres de cette organisation.

Anticipant sur un indicateur non encore pris en compte par l’OCDE, l’Office fédéral de la statistique (OFS) renouvelle la présentation de son enquête quinquennale sur les activités culturelles et met ces dernières en relation avec la qualité de la vie. Les données ont été recueillies par téléphone dans le courant de 2013 auprès de 17 000 personnes de 16 ans et plus vivant dans 7000 ménages. Les principaux résultats confirment ceux de l’étude similaire faite en 2008.

La grande popularité des musées

En bref, les cinémas restent les lieux de spectacle les plus fréquentés (65% des personnes interrogées) tandis que les monuments historiques, les musées, les galeries d’art et les sites archéologiques attirent ensemble presque autant de visiteurs (58%). Les concerts de musiques actuelles accueillent un public nettement plus jeune (44%) que les spectacles de culture classique (41%). Les bibliothèques et les médiathèques ont leurs fidèles (27%) qui leur rendent des visites réelles ou virtuelles pour leurs loisirs – et non dans le cadre de leurs études ou activités professionnelles.

L’analyse des caractères sociodémographiques ne révèle rien de bien nouveau non plus: la consommation de biens et services culturels augmente significativement avec l’âge, avec le niveau de formation et avec le revenu. Elle est plus intense dans les villes et les agglomérations qu’à la campagne, plus élevée chez les Suisses ou les doubles-nationaux que chez les personnes d’autres nationalités. Elle se montre généralement plus forte en Suisse alémanique qu’en Suisse romande ou italienne.

Toutes ces différences se retrouvent, à quelques pour cent près, quand on mesure le degré de satisfaction dans la vie. Rien de plus normal: la retraite, une formation tertiaire, un revenu supérieur à 100 000 francs par an ouvrent le choix des possibilités et procurent un certain bien-être.

Des personnes «plus satisfaites de leur vie»

Alors, l’accès à la culture ajoute-t-il du bonheur ou vient-il simplement confirmer une situation privilégiée? Avons-nous affaire à un simple processus de reproduction de l’une de ces élites que l’on dénonce à l’unisson aux deux extrêmes du spectre politique? L’OFS s’interdit évidemment de telles questions et se contente de faire ce constat: «Les personnes qui ont une activité culturelle ou de loisirs, quelle qu’elle soit – sans distinguer entre visites ou pratiques à titre privé – sont plus satisfaites de leur vie que celles qui n’en ont pas.» Dans la mesure où «pratiques culturelles et satisfaction dans la vie sont souvent couplées aux mêmes caractères sociodémographiques (âge, niveau de formation, etc.), il est probable que ces derniers s’influencent mutuellement».

Pour en avoir le cœur statistiquement net, l’OFS a procédé à une analyse permettant de mesurer les rapports entre trois types de variables: le taux de fréquentation d’événements culturels classiques, «jeunes» et populaires, le degré de satisfaction dans la vie et la composition du profil sociodémographique des amateurs de culture. Il en ressort que «les trois groupes d’activités culturelles présentent un rapport positif au degré de satisfaction dans la vie». Ce rapport est certes mesurable, mais sans doute beaucoup moins évident que l’effet de facteurs déterminants tels que l’âge, le revenu, l’état de santé ou la satisfaction concernant le travail ou l’habitat.

Et voilà comment la statistique ramène les activités culturelles à leur fonction essentielle: contribuer au bonheur de vivre. Ce qui est déjà beaucoup.

Ce texte est paru dans le numéro 2100 de Domaine Public

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