Chaque matin, entre le brossage de dents et le café-croissant, la plupart des Romands glanent leurs premières informations en écoutant la Radio suisse romande. D'où l'importance cruciale de défendre un service public de qualité que les chaînes purement commerciales ne sont pas à même d'offrir dans la même mesure. Dès demain, les Genevois auront le privilège de capter la première station régionale de la RSR: Option musique Genève, un «hybride» du génie radiophonique issu du croisement contre nature entre la RSR et Radio Lac.

Soyons clairs: ce nouveau venu sur la scène radiophonique résulte plus d'une tentative d'organiser la concurrence que d'une volonté d'offrir aux auditeurs un choix plus étendu. La SSR et les radios régionales développent une stratégie d'alliances parce qu'elles ont en commun la peur des réseaux français contraints par la législation d'arroser la Suisse tapis derrière la frontière. Le cas genevois est encore une exception. Mais demain l'exception deviendra sans doute la règle. Car compte tenu du cadre législatif actuel, les radios privées suisses n'auront, sauf rares exceptions, que le choix de se sauver en se «franchisant» à la RSR. Des radios Benneton en quelque sorte.

Mais en jouant la carte de la régionalisation, la SSR perd un peu de sa raison d'être. La protection du service public n'a de sens que si elle sert à préserver des chaînes nationales de qualité. La SSR joue en effet un rôle essentiel dans une stratégie de sauvegarde de la cohésion romande et nationale. En régionalisant ses programmes, elle trahit cette mission avec le risque à terme d'affaiblir ses chaînes généralistes. En ce sens-là, l'expérience d'Option musique Genève peut être dangereuse si elle marque le début d'un processus de fagocitage des radios locales. Dangereuse pour le service public en premier lieu. Que la SSR ose affronter la concurrence sans perdre son âme! Elle en a les moyens financiers et humains.

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