Opinion

Le Cycle d’Orientation joue son rôle pour 85% des élèves

OPINION. Réagissant à notre enquête sur l’échec en fin d’école obligatoire, l’enseignante Nadège Salzmann relativise ce constat très sombre. Elle rappelle que le débat sur les avantages et défauts respectifs des classes homogènes ou hétérogènes n’est toujours pas clos

Lundi dernier, Le Temps abordait la problématique des «classes infernales» et du «cauchemar» que vivent certains enseignants romands. Citée dans cette enquête, je souhaiterais ici montrer l’autre côté de ce «nouveau» Cycle d’Orientation (CO). Le tableau était effectivement très «noir», comme le relevait Anne Emery Torracinta, mais il est véridique pour les classes de CT/R1. Tout autre est la situation, d’après mon expérience bien sûr, dans les classes de R3/LS (prégymnasiale), et même souvent dans les classes de R2/LC (élèves se dirigeant plutôt vers l’école de commerce ou l’école de culture générale).

Les R3/LS, tout d’abord: dans ce type de classes, j’ai toujours eu affaire, à quelques exceptions près, à des élèves motivés et désireux d’apprendre. En 11e (dernière année), je peux étudier, en français, des œuvres littéraires (Anouilh, Maupassant…) et procéder à des analyses de texte approfondies. Au niveau de l’écriture, les élèves ont l’occasion de rendre régulièrement des rédactions qui seront notées: je n’ai aucun problème avec les délais, chacun ayant l’habitude d’arriver le jour dit avec le travail. Les notes comptent à leurs yeux. Bref, dans ce genre de classe, le travail accompli est de qualité et en fin d’année, les élèves sont réellement prêts à entrer au collège.

Homogène ou hétérogène?

En R2/LC ensuite: ici, les expériences divergent et certains ne se retrouveront pas dans mes propos. Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir des classes où les élèves étaient pleinement à leur place. Il s’agissait d’adolescents ayant parfois des difficultés dans telle ou telle branche, qui ne souhaitaient pas forcément faire de longues études, mais qui fournissaient le travail demandé et parvenaient, lorsqu’ils s’en donnaient les moyens, à de bons résultats.

Lire aussi l'opinion: Entre les familles et l’école, un difficile exercice d’équilibriste

Dans l’ancien système, où il n’y avait que deux niveaux (A et B), ces élèves étaient ceux qui étaient le plus sacrifiés: les plus doués scolairement se retrouvaient en A, mais peinaient à suivre le rythme et se démotivaient. Les moins bons se retrouvaient avec des élèves plus faibles qu’eux et moins disciplinés (les actuels R1/CT). Avec la LC, on a créé un niveau adapté à des élèves qui travaillent, mais qui ont besoin d’aller un peu plus lentement et parfois un peu moins loin.

Le désavantage du système homogène est par contre assez clair au niveau des inégalités: celles-ci se creusent davantage d’année en année

La question qui se pose aujourd’hui est la même qu’avant la réforme du CO: faut-il opter pour les classes hétérogènes, comme l’avaient autrefois expérimenté quelques CO à Genève, ou pour un système très homogène, à trois niveaux? En 2000, un rapport du DIP a montré que les élèves forts sont clairement avantagés par un système homogène tandis que dans les classes hétérogènes, tant les plus forts que les plus faibles ont tendance à être laissés de côté, en raison du fait que l’enseignant vise le niveau moyen. Le désavantage du système homogène est par contre assez clair au niveau des inégalités: celles-ci se creusent davantage d’années en années, tant au niveau des compétences scolaires que des attitudes envers l’école. Au niveau de l’image de soi, les résultats de l’étude montrent que celle-là n’était pas influencée par la structure scolaire, mais plutôt par le niveau scolaire de chaque élève en comparaison avec les autres de sa classe. Enfin, au niveau de la participation (nombre et durée des interventions), elle a été jugée meilleure, plus égalitaire, dans les groupes homogènes.

Le débat n’est pas clos

J’aimerais toutefois préciser que de nombreux enseignants ayant pratiqué le système hétérogène étaient ravis de leurs classes, estimant que les moins bons étaient tirés vers le haut par les plus forts et qu’un meilleur climat de travail régnait alors en raison de ce mélange. Je les ai entendus déplorer le retour à un système à niveaux. Il est difficile de trancher, dans le contexte multiculturel genevois, entre un système homogène et un système hétérogène. Le débat sur le CO n’est pas clos et je trouve vraiment intéressant que l’on puisse parler de ses échecs comme de ses réussites. Pour beaucoup d’élèves (un peu plus de 60% de LS en 11e, environ 25% de LC – donc en tout 85% de nos adolescents), le Cycle d’Orientation joue son rôle et leur permet, après avoir acquis les fondamentaux, de se diriger dans une filière plus spécifique en vue de leur orientation professionnelle.

Publicité