Inviter le chorégraphe américain Merce Cunningham et sa compagnie à Genève. De cette présence, Claude Ratzé, directeur de l’Association pour la danse contemporaine (ADC), rêvait depuis des années. Seul hic: l’artiste, 90 ans cette année, coûte cher. Ses spectacles du moins. Claude Ratzé prend contact avec Cynthia Odier qui hésite dans un premier temps. Survolant peu après l’Amérique avec son mari, elle tombe sur un article du New York Times, deux pages hommage au compagnon de John Cage. Le journal célèbre les 90 ans du plus novateur des chorégraphes modernes, du plus secret aussi. Cynthia Odier s’enthousiasme, demande à une hôtesse une connexion et dans la minute envoie un message à Claude Ratzé. «Vous avez mon soutien!»

«Il y a des choses qu’on ne peut pas ne pas offrir, commentait l’autre jour Cynthia Odier. Merce Cunningham, c’est grâce à Claude Ratzé d’abord, grâce à moi aussi et à mon argent. Nous allons donner une dimension à cette venue, avec une exposition de photos, des conférences, la présence de la compagnie ici même à Flux Laboratory, avec une master class.» Grâce à l’appui de Cynthia Odier, l’ADC proposera ainsi fin novembre Squaregame (1976) et Split Sides (2003), au Bâtiment des forces motrices, trois soirs. Elle invitera ainsi à une plongée dans l’œuvre de l’artiste.

«Un acte fondateur»

Cynthia Odier aime favoriser ce genre d’entreprise. Il y a huit ans, elle finançait à Genève la reconstitution de La Création du monde, monté pour la première fois par les Ballets suédois en 1923, sur une musique de Darius Milhaud, des décors de Fernand Léger et un livret de Blaise Cendrars. La pièce renaissait au Musée d’art et d’histoire, à l’occasion d’une exposition constituée de pièces appartenant à Jean Paul Barbier-Mueller. «Il fallait donner cent mille francs, se rappelle Cynthia Odier. Je les avais et je les ai proposés à Cäsar Menz, qui dirigeait le musée. Ce fut un acte fondateur pour nous. Dans la foulée, nous avons créé la fondation et notre boîte de production.» Fidélité aux premières amours.

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