Pour ostraciser un peu plus le dalaï-lama, Pékin vient d'innover. Il y a une semaine, les caciques chinois ont annulé une réunion Chine-Union européenne pour punir Nicolas Sarkozy avant sa rencontre avec le chef spirituel des Tibétains de ce week-end. Cette mesure préventive - c'est la nouveauté pour exprimer leur colère - tombe au plus mauvais moment, alors que les grandes puissances de ce monde doivent plus que jamais coordonner leurs efforts pour éviter une dépression planétaire.

Pourquoi ce geste spectaculaire, alors que la cause tibétaine - une fois le levier des Jeux olympiques disparu - semble perdue et la victoire chinoise totale? Pourquoi punir plus spécifiquement le chef d'Etat français, alors qu'une majorité de responsables politiques de la planète ont rencontré le «saint homme», Angela Merkel et Gordon Brown en tête? Les Etats-Unis de George Bush ont offert des honneurs bien plus visibles au dalaï-lama, sans conséquence aucune. Le fait que Nicolas Sarkozy soit le président en exercice de l'UE n'explique rien.

Non, si les Chinois durcissent le ton, on peut y voir trois raisons. La première, c'est l'assurance que la France est la faille de l'Europe, le pays par lequel ils peuvent amener la discorde entre Européens. Paris, par calcul autant que par orgueil, suit depuis des années une politique d'accommodement avec la dictature chinoise et a été à maintes reprises par le passé prêt à se plier aux exigences de Pékin. Le manque d'une vision claire de la Chine chez Sarkozy, ses louvoiements incitent aujourd'hui la Chine à le mettre sous pression.

La rencontre de Gdansk autour de Lech Walesa explique ensuite cet agacement. Les autorités chinoises connaissent la force des symboles. A l'école du PC chinois, le scénario de Solidarnosc est l'un des plus étudiés pour éviter une chute du régime, d'où l'interdiction de syndicat indépendant et le contrôle des mouvements religieux comme source de revendication politique. De même, la présence de Gorbatchev aux côtés du dalaï-lama renvoie à l'image d'une Chine qui pourrait un jour se désintégrer comme l'ex-URSS.

La troisième raison est sans doute la plus inquiétante. Le durcissement de ton de Pékin pourrait bien traduire une nouvelle lutte politique au sein des plus hautes instances du parti face à la crise qui se dessine. Les tenants d'un discours musclé et ultranationaliste seraient alors tentés de faire davantage entendre leur voix. öPage 4

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