En France, c’est l’événement show-biz et «teknar» de ce début d’année 2017: dans la foulée de notre amour inconditionnel des stars passées, défuntes, figées dans le mémoire des mélodies populaires et/ou «réhabilitées» par la grâce de la mélancolie vintage, le spectacle Hit-Parade fait très fort! Il va atteindre, dit-on, des sommets dans le domaine de la résurrection musicale. D’une certaine musique, en tout cas.

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Pensez donc. Mike Brant, Dalida, Sacha Distel et Claude François – rien que ça – débarqués de l’au-delà sous forme d’hologrammes qu’on dit bluffants. Donc d’images en trois dimensions apparaissant comme suspendues en l’air, multicolores, stables. La technique n’est pas vieille, elle date de 2011, depuis qu’une équipe japonaise, celle dirigée par Satoshi Kawata en son laboratoire cybernétique, a réussi à créer ce type d’images en utilisant des plasmons, soit des espèces d’excitations électroniques qui se propagent à la surface d’un film métallique, comme l’explique cette infographie du Parisien:

Voilà pour la technologie, qui s’applique à de faux visages sur de vraies doublures corporelles. Il s’agit du procédé de motion capture, comme dans le film Avatar. Il permet dans ce cas à la seule chanteuse du quatuor, avec sa «chevelure de feu» et sa «démarche féline dans un léger peignoir jaune» de dire à un beau brun, le fameux Brant de «Qui saura» – dont on aurait presque oublié à quel point il mit ses fans en folie: «Bravo Mike, cette chanson est magnifique.» «Dali, ce compliment me touche vraiment», lui répond-il. «Vous les hommes, toujours des paroles…» rétorque la diva du dancing. Un léger frisson?

Le Parisien y croit donc, à ces voix d’outre-tombe. «Non content de les faire chanter à nouveau sur scène, le spectacle Hit-Parade […] fait aussi jouer la comédie» aux idoles disparues: «En compagnie de quatre acteurs, trois musiciens et d’une dizaine de danseurs, eux en chair et en os, ils sont au centre de cette comédie musicale qui raconte l’organisation en 1975 d’une grande soirée télévisée par Cloclo qui vient […] de faire ses adieux à la scène…» Larmes. Parole, parole, parole…

Le faux show, qui possède sa propre chaîne YouTube, nous ramène «à l’époque de l’ORTF», explique le site de France 3. Avec un public qui «assiste à la fabrication de cette émission ancrée dans les années 1970». Tout le décorum y est, ses «costumes pelle à tarte», ses «perruques façon gaufre», pour pénétrer «les coulisses d’une époque heureuse où les jeunes se trémoussaient» sur «Alexandrie Alexandra» ou s’embrassaient langoureusement sur «Je vais t’aimer».

En Belgique, L’Avenir explique qu’à la capture du mouvement «s’ajoute le recours à des caméras de très haute définition, permettant une qualité douze fois supérieure à celle d’un film de cinéma.» Alors, «il y a un noyau de fans qui n’iront jamais voir un tel spectacle mais […] la technologie permettra de faire revivre les artistes pour ceux qui n’ont jamais pu les voir», estime, enthousiaste, Julien Lescure, propriétaire du moulin de Dannemois, l’ancienne maison de Claude François.

L’Echo précise quant à lui que «le recours aux hologrammes n’est pas nouveau dans l’industrie musicale» mais que «celle-ci s’y intéresse de plus en plus». La technologie qui avait servi à une version dématérialisée de Michael Jackson en 2014 a été perfectionnée depuis 2009, par exemple, où Céline Dion avait chanté «en duo» avec Elvis Presley:

Mais dans le fond, n’est-ce pas un peu ringard, tout cela? Pas tant que ça, selon L’Est républicain. Claude François, par exemple. «Le chanteur symbole de la France des années 1960 et 1970 semble ne jamais passer de mode. Il ne se passe pas une nuit en discothèque sans ses tubes, pas un jour sans entendre M Pokora chanter Cloclo à la télé et à la radio. Belinda a toujours de beaux yeux bleus et le clip de la reprise de la chanson approche les 10 millions de vues sur YouTube»:

Le site Normandie-actu.fr relève, lui, que «200 personnes travaillent sur le show» et que l’on dépasse les 500 000 euros «pour créer un visage». Sans compter les 12 000 images qu’il faut «pour faire un morceau de quatre minutes». Mais «en s’entourant de ces quatre stars, après avoir recueilli l’accord de leurs ayants droit», le risque est limité: à elles seules, elles «ont vendu 250 millions d’albums. «Alexandrie Alexandra» était encore numéro 1 à la Sacem l’année dernière. En plus, grâce aux réseaux sociaux, aux pages hommage aux artistes», elles comptent en tout 750 000 fans sur Facebook.

Donc «les artistes défunts» n’auraient jamais été aussi présents. Leur «revival» phénoménal ne se résume pas à la vente des disques et aux réincarnations au cinéma». D’ailleurs sort aussi ce 11 janvier le film Dalida, de Lisa Azuelos, avec la prodigieuse Sveva Alviti dans le rôle-titre. Ainsi se joue «un voyage dans le temps». Et France Inter d’ajouter que dans le dossier de presse du spectacle et de la tournée Hit-Parade, il est dit: «Orlando estime que sa sœur Dalida a vendu 20 millions de disques depuis qu’elle est partie.»

Otis Redding, déjà, de son temps…

Mais «vendre autant, si ce n’est plus, de disques une fois morts que de son vivant, ça n’est pas un phénomène nouveau. Car le premier tube posthume a près de 50 ans et il est signé d’Otis Redding. Le 8 janvier 1968 paraissait «Sittin' on the dock of the Bay» tandis qu’Otis Redding mourait dans un accident d’avion un mois plus tôt. Et si on l’entend siffler à la fin du morceau, c’est parce qu’il n’a pas eu le temps d’en écrire le dernier couplet», rappelle Normandie-actu.fr

Aujourd’hui, l’industrie du disque n’est certes de loin plus aussi florissante. Mais «plus que jamais, elle tire […] parti de l’émotion, liée aux disparitions. Le 11 février 2012, Sony Music augmentait de 60% le prix d’une compilation d’une chanteuse, dont la mort n’avait été annoncée que quelques heures plus tôt. Cette chanteuse, c’était Whitney Houston

Plus personne ne peut mourir sur scène.


Hit-Parade, au palais des Congrès de Paris à partir du jeudi 12 janvier, puis en tournée, qui passera par l’Arena, à Genève, le mercredi 7 juin à 20h30.