Editorial

Quel danger chinois?

Faut-il avoir peur d’une Chine qui achète le monde ou d’une Chine sur le point de s’effondrer? Cette double lecture s’explique par l’émergence d’un objet inédit de l’histoire économique: la première puissance commerciale mondiale est aussi un pays en voie de développement

En ce moment, la Chine alimente deux fantasmes, parfaitement contradictoires. D’un côté, il y a un pays conquérant dont les entreprises sont engagées dans une frénésie de rachats d’actifs à l’étranger, la Suisse étant l’une de leur cible privilégiée comme l’a montré la récente annonce de prise de Syngenta par le groupe ChemChina. De l’autre, il y a une nation aux abois dont la dette totale explose et qui alimente les spéculations: la Chine va-t-elle réussir sa transition vers une économie de l’offre, comme le proclame désormais le régime, ou assiste-t-on à l’atterrissage dans le fracas (hard landing) de la plus belle histoire de la globalisation?

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En d’autres termes, faut-il avoir peur d’une Chine qui achète le monde ou d’une Chine sur le point de s’effondrer? Cette double lecture s’explique par l’émergence d’un objet inédit de l’histoire économique: la première puissance commerciale mondiale est aussi un pays en voie de développement.

Le premier danger, celui d’une Chine qui menacerait nos emplois et notre savoir-faire en siphonnant les fleurons de notre industrie, est à relativiser. La stratégie affichée par Pékin depuis une bonne décennie s’inscrit dans une libéralisation dont de nombreux acteurs étrangers – Suisses en tête – ont profité depuis l’ouverture de la Chine. Il est réjouissant d’observer que le dernier grand bastion «communiste» adopte les règles du jeu du commerce international. Tout comme l’Europe, les Etats-Unis ou le Japon, la Chine part à la conquête de nouveaux marchés.

Encore faut-il être conscient des distorsions d’une concurrence qui n’est jamais parfaite. Oui, la Chine, comme d’autres grands pays, se montre protectionniste lorsqu’il s’agit de défendre ses secteurs stratégiques. Oui, les entreprises chinoises sont d’une façon ou d’une autre contrôlées par l’État, ce qui pose la question de leurs intentions. Jusqu’ici, cette conquête répond avant tout à des objectifs économiques. Mais ne soyons pas naïfs.

Le second danger, celui d’une panne de la Chine, est bien plus sérieux et aurait un impact dévastateur sur l’économie mondiale. Les ingénieurs qui pilotent le pays le plus peuplé de la planète ont fait la démonstration de leur capacité d’adaptation ces trente dernières années. Mais cette fois-ci, face à la multiplication des défis, «la bataille sera rude» a prévenu le premier ministre Li Keqiang en ouverture de la session annuelle du parlement qui adopte son 13e plan quinquennal.

Qui peut affirmer que ce régime, rongé par la corruption, est encore le mieux adapté pour réformer la Chine? L’URSS s’est effondrée après avoir adopté son 13e plan quinquennal au terme de 70 années de dictature. Personne ne l’avait vu venir. En 2019, la République populaire aura 70 ans.

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