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© Joe Raedle

Editorial

Le danger d'effacer l'histoire

Aux Etats-Unis, les statues et monuments commémorant des figures des Etats confédérés réveillent des blessures profondes au sein de la communauté afro-américaine. Faut-il pour autant les éradiquer ou doivent-ils servir d’outils pédagogiques pour montrer que l’esclavagisme et le racisme n’ont plus place dans la société d’aujourd’hui?

Comment les sociétés contemporaines doivent-elles gérer les heures sombres de leur passé? Le débat historique n’est pas nouveau. Mais depuis une semaine, il ébranle les Etats-Unis. Car il touche à ce qui est souvent perçu comme les péchés originels de l’Amérique, l’esclavagisme et la haine raciale. Pour Donald Trump, le mouvement de démantèlement des statues et monuments de figures des Etats confédérés, qui s’est accéléré depuis les émeutes de Charlottesville, est un sabordage de l’histoire des Etats-Unis.

Aussi radioactif soit-il, Donald Trump pose toutefois une question pertinente: peut-on simplement éradiquer un passé gênant? Elle ne concerne d’ailleurs pas que les Etats-Unis. Les Belges se demandent s’il faut déboulonner les statuts de leur deuxième roi Leopold II au passé colonialiste chargé. Au lendemain de la chute du mur de Berlin, les Allemands se sont écharpés sur la nécessité de changer des noms de rues ou de villes. «Chemnitz» sonnait mieux aux oreilles des ex-citoyens de RDA que Karl-Marx-Stadt. Et à l’image de Trump, Vladimir Poutine a récemment dénoncé la «diabolisation» de Staline dont les statues, en Russie, prolifèrent depuis 2012. Le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, est prêt à nettoyer sa ville de tout symbole incitant à la haine. Il va dresser un inventaire des monuments à retirer, dont une plaque de granit posée en 1931 en l’honneur d’un héros de Verdun, un certain Pétain…

Un poison inoculé

Eradiquer l’histoire comporte un danger: celui de provoquer une dangereuse amnésie collective. Cette perspective indispose ceux qui voient dans les leçons de l’histoire une dialectique positive. Le problème est que Donald Trump, qui saluait en 2015 la décision de retirer le drapeau confédéré en Caroline du Sud après une tuerie perpétrée par un suprémaciste blanc, ne cherche pas le débat. Il veut faire de cet épisode une guerre culturelle et historique à des fins politiques.

Dans l’idéal, les statues de confédérés devraient servir d’outil pédagogique permettant de raconter aux Américains leur propre histoire et de dire à quel point l’esclavagisme et la suprématie blanche ne sont plus des valeurs défendables aujourd’hui. Ils sont d’ailleurs une majorité d’Américains, Noirs y compris, à plaider pour leur maintien. Mais toutes les statues de confédérés n’ont pas une valeur historique et continuent, au même titre que le drapeau confédéré, de réveiller de profondes blessures non cicatrisées au sein de la communauté noire. Elles tendent à servir de lieux de ralliement pour l’extrême droite et les suprémacistes blancs. Nombre d’entre elles ont été érigées au début du XXe siècle au moment où les lois ségrégationnistes Jim Crow étaient mises en œuvre ainsi que dans les années 1950 en réaction au mouvement naissant des droits civiques. Dix-sept d’entre elles ont été installées à partir de l’an 2000.

De fait, les statues seraient sans doute mieux dans un musée, avec un encadrement pédagogique, que dans des espaces publics où elles s’imposent souvent de façon offensante à la vue d’une communauté afro-américaine qui continue de subir aujourd’hui encore les effets d’un racisme institutionnel hérité du passé.

Le patrimoine historique des Etats-Unis ne peut être figé dans le temps. Il doit servir à un vivre-ensemble harmonieux et à construire une «union plus parfaite». S’il devient une arme politique et idéologique, il risque de se transformer en poison inoculé dans la diversité ethnique et sociale américaine.

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