Éditorial

La dangereuse «force tranquille» du Rassemblement national

ÉDITORIAL. Emmanuel Macron cherche à prendre les devants sur le terrain des colères sociales et des peurs suscitées par l’immigration. Quitte à donner l’impression d’une majorité déboussolée et à offrir au Rassemblement national un terreau politique encore plus fertile…

Le grand défaut des scénarios politiques écrits d’avance est qu’ils se réalisent rarement. Un candidat donné battu peut toujours, en démocratie, remonter la pente. D’autant que les sondages – même les plus fiables – ne donnent qu’une photographie ponctuelle de l’opinion.

Cette vérité mérite aujourd’hui d’être rappelée en France, où la série de mesures annoncées mercredi par le gouvernement pour remettre de l’ordre dans l’immigration légale et limiter l’assistance médicale aux clandestins confirme la volonté tactique d’Emmanuel Macron de répondre présent sur les terrains favoris de Marine Le Pen, qu’il considère comme son adversaire probable pour la présidentielle de 2022.

Désireux de se montrer ferme avec les sans-papiers, mais réaliste sur le plan de l’immigration économique, le président français joue sur la question de la main-d’œuvre étrangère la même partition que sur le terrain social ou sur la laïcité: celle du grand écart. Elle consiste à prétendre pouvoir «en même temps» maintenir les frontières ouvertes et les refermer. A poursuivre des réformes en mode accéléré tout en prônant le «grand débat national» et la concertation renouvelée. A promettre des mesures spécifiques sur l’islam tout en réitérant les principes de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise catholique et de l’Etat. A annoncer plus d’écoute aux «gilets jaunes», bientôt un an après leurs premières mobilisations, tout en fermant les yeux sur l’épidémie de violences policières…

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Ces allers-retours permanents trahissent une dangereuse tentation: celle du délaissement progressif de la «transformation» de la France au profit d’une stratégie de plus en plus électorale pour soi disant contrer le populisme. Mais ils oublient surtout une autre réalité: celle de la «force tranquille» que le Rassemblement national, ce mouvement d'extrême affairé à soigner sa respectabilité et à consolider ses racines populaires, réussit pendant ce temps-là à incarner.

Ses élus locaux labourent le terrain. Marine Le Pen – dont plusieurs proches comparaissent ces jours-ci pour escroquerie devant le Tribunal correctionnel de Paris – prend ses distances avec les «ultras», dont le tireur octogénaire qui a fait feu contre la mosquée de Bayonne. Ses maires mettent en avant leur bilan sécuritaire et gestionnaire, en vue des municipales de mars 2020. Avec, à chaque fois, le même objectif: séduire l’aile dure de la droite, et montrer aux électeurs populaires et des classes moyennes que le RN agit. Sans faire de grand écart.

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