éditorial

La dangereuse opacité de la NSA

Sans transparence ni sentiment de devoir rendre des comptes, l’Amérique post-11-Septembre dessert la démocratie

Editorial

La dangereuse opacité de la NSA

L’idéaliste président américain Woodrow Wilson, qui s’était beaucoup engagé pour installer la Société des Nations à Genève, ne rechignait pas à l’idée de collecter illégalement des informations à partir des télégrammes de la Western Union. On était en 1920. Un peu moins d’un siècle plus tard, le monde entier a été scandalisé par les révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden mettant au jour les pratiques de la tentaculaire National Security Agency, l’agence de renseignement américaine.

A l’exception des deux décennies ayant suivi l’adoption du Foreign Intelligence Surveillance Act, en 1978, l’Amérique a régulièrement surveillé ses citoyens. Illégalement. Les attentats du 11 septembre 2001 ont néanmoins marqué une rupture. Les responsables politiques ont donné à la NSA une puissance de feu que les agences qui l’ont précédée n’ont jamais eue. Les Européens, visés par la NSA, s’en sont offusqués à juste titre, même s’il n’est pas sûr que leur pratique soit si différente.

Les administrations de George W. Bush et de Barack Obama ont permis le développement exponentiel des activités de surveillance, convaincues que cette politique orwellienne de police de la pensée a permis d’éviter tout attentat majeur depuis 2001, à l’exception des actes terroristes de Boston.

Un fait est particulièrement troublant. Un document secret rendu public par Edward Snowden, selon la New York Review of Books, révèle que la cour de justice censée donner son approbation à tout acte de surveillance a accusé la NSA d’avoir violé le 4e amendement de la Constitution et le règlement de la cour. L’exemple montre que le système des poids et contrepoids en matière de lutte contre le terrorisme ne fonctionne pas ou mal. En 2004, George W. Bush mentait en déclarant publiquement que toute écoute était approuvée par la cour. En 2012, l’actuel patron de la NSA, Keith Alexander, affirmait lui aussi que la NSA opérait avec le feu vert de la justice.

En recourant au pouvoir discrétionnaire de la NSA et aux drones que la CIA a utilisés en toute opacité pour tuer de présumés terroristes, l’administration de Barack Obama a cru qu’il était possible de mener une guerre secrète à distance et indolore contre le terrorisme. Sans se douter qu’une telle politique fait une victime collatérale de taille: la démocratie. Celle-ci n’est-elle pas un contrat de confiance entre le peuple et ses gouvernants? Sans transparence ni sentiment de devoir rendre des comptes, l’Amérique post-11-Septembre la dessert.

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