Le sondage effectué par l’institut gfs.bern pour le compte de trois médias suisses, dont Le Temps, confirme la tendance observée ces dernières semaines. Lorsque la crise du coronavirus a frappé la Suisse de plein fouet, tout le pays a serré les rangs. Il a fait bloc derrière le Conseil fédéral. Les partis le soutenaient à l’unisson. Face à l’impératif sanitaire, les critiques étaient quasiment inexistantes. Elles n’émanaient que de cette frange de la population qui a pour habitude de se méfier des autorités et des médias.

Notre article: La sortie de crise présente un risque de polarisation de la société

L'unanimité craque

La situation a évolué par la suite. D’une part, les dommages occasionnés à des milliers d’entreprises et à plus de 1 million de personnes actives privées totalement ou partiellement de leur travail ont pesé sur le débat politique et public. D’autre part, le rythme du déconfinement a mis un terme à la belle unanimité du début. Certains ont considéré – et considèrent toujours – que l’on relance trop d’activités commerciales trop vite, d’autres trouvent au contraire que la sortie de crise est trop lente.

Le sondage reflète cette évolution. Près de la moitié des 25 000 personnes – en nette majorité alémaniques – ayant participé à l’étude considèrent que les mesures prises respectent le nécessaire équilibre entre les intérêts économiques et les exigences sanitaires. Toutefois, les craintes d’un désastre économique s’expriment plus fortement qu’il y a quelques semaines. A l’inverse, les voix qui estiment que les mesures prises ne tiennent pas suffisamment compte des impératifs de santé sont en net recul.

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Une division du pays

Cette enquête d’opinion montre les aspects auxquels il faudra être particulièrement attentifs ces prochaines semaines. L’ouverture des restaurants dès le 11 mai semble diviser la Suisse en deux camps de force égale. Rien ne dit que l’opération sera un succès. D’un côté, les restaurateurs devront réduire leurs capacités afin de respecter les règles sanitaires. De l’autre, le nombre de clients pourrait être inférieur aux attentes.

Le risque majeur révélé par ce sondage concerne la société civile, menacée par une polarisation qui pourrait faire des dégâts. On sent en effet le ton monter entre les adeptes de la prudence sanitaire extrême et ceux qui souhaitent retrouver le plus rapidement possible une vie sociale et économique normale.

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