N’ayant pas la chance de connaître personnellement la plupart de mes lecteurs, je ne peux leur présenter mes vœux que sous forme de souhaits collectifs portant sur la marche du monde qui ne cesse d’inquiéter. Le premier serait de voir l’Occident se résoudre à empoigner autrement la brûlante question du Moyen-Orient, ce qui inclut évidemment l’interminable conflit israélo-palestinien, ferment d’une bonne partie de l’instabilité dans ces contrées.

Cesser d’intervenir à tort et à travers

Il faudrait commencer par cesser d’intervenir à tort et à travers dans cette région, sans résoudre le moindre des problèmes mais en suscitant des haines tenaces. L’état de délabrement de l’Irak ou de la Libye en est des exemples flagrants, là où une logique militaire suicidaire a remplacé le jeu diplomatique dans lequel nous savons pourtant exceller.

Aujourd’hui, la prétention de certains Etats à imposer leurs vues sur l’avenir de Bachar el-Assad en Syrie, sous prétexte que c’est un dictateur, est contre-productive tout autant que contradictoires puisque les mêmes sont de grands amis de Recep Tayyip Erdogan qui n’a rien à lui envier. Le deux poids deux mesures que nous pratiquons dans nos relations sont décryptées là-bas comme autant de camouflets que nous payons cash.

Politique irresponsable d’immigration

Le retour de boomerang de cette situation moyen-orientale dont nous sommes malheureusement responsables, amène mon deuxième souhait. Il n’est plus possible de pratiquer la politique actuelle en matière d’immigration. Elle s’est avérée, c’était tellement prévisible, irresponsable à tous égards. Choquant en effet d’accepter de comptabiliser en 2017 les 3’800 migrants morts en Méditerranée en 2016, et qui étaient déjà 3’700 en 2015, ce qui prouve que nos dirigeants n’ont rien compris ou rien fait! Atroce responsabilité!

Aberrant de prétendre encore accueillir à bras ouverts des immigrés économiques pour faire tourner les usines allemandes tout en leur claquant la porte au nez six mois plus tard. Inconvenant d’appliquer à tous les arrivants le vocable de réfugiés, détournant ainsi un principe humanitaire intangible réservé aux seules personnes en réel danger.

Exaspération des populations autochtones

Cela au point de négliger le faible nombre de Syriens dans l’afflux de 2016. Au point de s’aveugler sur le fait que ce sont surtout des hommes jeunes qui déferlent à nos frontières plutôt que des familles avec femmes et enfants à protéger. Au point de feindre d'ignorer comment s’organise sur place le «voyage» de ceux qui deviendront des têtes de pont grâce à nos lois de regroupement familial. Au point de nier que, au gré d’un afflux non contrôlable, passent aussi de dangereux radicalisés. Au point de mépriser la colère, l’exaspération, le désespoir des populations autochtones submergées par des mœurs et des cultures profondément étrangères. Au point enfin de contester, face à l’ampleur de cette immigration, que l’excès nuit au bien.

Avenir de l’Union européenne

Mon troisième vœu concerne l’avenir de l’Union Européenne dans la tourmente, thématique moins dramatique mais porteuse de bien des dangers. Quels seront ses choix dans le règlement du Brexit et face à l’Italie qui se meurt de l’Euro? Face aux pays en faillite dont certains sont ses piliers historiques? Face à la désaffection des peuples privés de démocratie vraie plutôt que simulée? Face au déséquilibre flagrant de ses institutions qui veulent assumer des tâches communes sans en avoir ni la légitimité ni les sources de financement commun? Face aux Etats-Unis dont le futur président assume un discours protectionniste alors que l’UE a ouvert toutes grandes ses frontières aux produits mondiaux, ce qui asphyxie ses propres économies? Face à une Russie qu’on ne craint pas de reléguer dans le camp des ennemis au mépris des risques géostratégiques que cela comporte, et de toute logique continentale?

Vaste programme me direz-vous, mais que nous tous, en tant que citoyens et dans nos métiers respectifs, pouvons aider à advenir. Alors, bonne année 2017!

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