La vie à 30 ans

Daniel Balavoine nous manque

En 1980 sur un plateau de télé, le chanteur avait fait comprendre au candidat François Mitterrand une colère, une hébétude, un sentiment d’impuissance et d’incompréhension. Une telle rébellion serait bienvenue aujourd’hui. Chronique

Je crois que j’attends cela, ces temps, devant mon écran. Une irruption. Une disruption. Quelque chose qui ne soit pas un scandale – les chaînes en sont remplies, sans cesse – ni un numéro pour la galerie. Ça m’est apparu en retombant via YouTube sur Daniel Balavoine. Le chanteur a 28 ans, un début de succès, on est au printemps 1980, en France, sur un plateau de téléjournal en milieu de journée, une bonne année avant la présidentielle française. Un des candidats est là, François Mitterrand. C’est une discussion qui a l’air sérieuse, qui parle des affaires en cours, de leur influence sur la campagne. Balavoine attend son tour, sans doute en fin d’émission, le petit moment culturel.

Le chanteur pète un câble

Je ne sais pas si cela se disait déjà en mars 1980, mais ça lui arrive: Balavoine pète un câble. «Ça fait trois quarts d’heure que je m’ennuie à entendre des bêtises, balance-t-il d’un coup. Je n’ai plus le temps de dire ce que j’ai à dire, j’ai juste le temps de me mettre en colère et de passer pour un petit jeune qui fout la pagaille partout.»

Il se lève, il part. Mitterrand et l’animateur lui demandent de revenir. Il revient, fonce dans le tas: «Ce que je peux vous donner, c’est un avertissement, lâche-t-il. J’ai peut-être du culot de faire ça, mais ce que je peux vous dire, c’est que la jeunesse se désespère, elle est profondément désespérée parce qu’elle n’a plus d’appui, elle ne croit plus en la politique française. Le désespoir est mobilisateur, et lorsqu’il est mobilisateur, il devient dangereux et ça entraîne le terrorisme…»

Du souffle, de l’inattendu

Il parle tout seul. Il mélange un peu tous les sujets, le social, les assassinats louches, il s’excuse mais ce qu’il dit ressemble à tout le contraire: il demande des éclairs de vérité et cherche une lueur d’espoir. Il n’y a aucune raison de s’excuser pour cela.

J’attends et j’espère. J’aimerais cette force, ce souffle, cet inattendu. J’ai cru que ça pouvait être Christine Angot face à Fillon, mais c’était trop calculé, préparé pour faire le buzz, hystérique. J’ignore si Balavoine, en 1980, a contribué à faire gagner Mitterrand. Mais il lui a fait comprendre des choses, une colère, une hébétude, un sentiment d’impuissance et d’incompréhension. Sinon, c’est dangereux. Sinon, ce sera Marine ou n’importe quoi. Daniel Balavoine nous manque.


La précédente chronique: Nager dans l’eau verte

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