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Daniel Johnston, le gentil fantôme

CHRONIQUE. Décédé à l’âge de 58 ans, l’Américain aura marqué la scène alternative par la sincérité à travers laquelle il exorcisait en musique son trouble bipolaire

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux, dit le premier article de la Déclaration des droits de l’homme. Et de la femme, ajouterais-je au lendemain d’un atelier d’écriture inclusive destiné à montrer aux journalistes du Temps qu’il existe d’autres manières que le peu élégant point médian si l’on veut tenir compte de la diversité – et de l’égalité justement – des genres. Mais là n’est pas le propos. Les hommes et les femmes naissent libres et égaux, disais-je. Certes, mais cela ne dure guère.

Une chose est sûre: nous ne sommes pas égaux face à la mort. Les artistes pas plus que les autres, d’ailleurs. Cette semaine, la disparition du photographe Robert Frank a par exemple fait la une des journaux du monde entier, tandis que celle de Daniel Johnston a été relativement peu commentée en regard du caractère culte de ce musicien né en 1961 en Californie, et décédé d’une crise cardiaque au Texas.

Sur la scène des MTV Awards 1992, l’année de l’explosion du phénomène Nirvana, Kurt Cobain arborait un t-shirt sur lequel on pouvait voir une sorte de grenouille extraterrestre dessinée par Johnston. Comme Sonic Youth ou Tom Waits, le héros grunge dira souvent son admiration pour ce dessinateur et musicien que l’on peut rattacher à l’art brut. Diagnostiqué bipolaire et maniaco-dépressif, Johnston aura en effet passé l’essentiel de sa vie à lutter contre ses démons intérieurs et à tout faire pour être simplement un type bien. Passionné par les Beatles et les super-héros, il a dédié une chanson à Casper, le gentil fantôme, parce qu’il voulait lui ressembler.

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Bricolée à domicile, la musique de l’Américain est une pop lo-fi et brinquebalante que sa fragilité rend profondément attachante. Parmi la vingtaine d’albums enregistrés par Johnston, la plupart sont d’un minimalisme renversant. Produit par Jason Falkner et musicalement plus abouti, Is and Always Was sera en 2009 le plus accessible de ses enregistrements.

J’avais découvert Daniel Johnston par hasard, en 1991, à la faveur d’une relecture de Speeding Motorcycle par le groupe écossais The Pastels. Une sympathique reprise, mais qui est loin d’égaler la version proposée l’année précédente par Yo La Tengo, et enregistrée en duo avec le chanteur lui-même au cours d’une émission radio – le groupe new-yorkais se trouvait dans le studio de WFMU, Johnston chez ses parents, téléphone en main. «Waouh, are we done?» demande-t-il à la fin du morceau. Cette fois oui, il a définitivement fini de nous montrer que la musique n’est dans le fond jamais aussi puissante que lorsqu’elle vient des tréfonds de l’âme.


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