Revue de presse

Davantage d’armes nucléaires de part et d’autre, le «cadeau de Noël» de Trump et de Poutine

Les Etats-Unis et la Russie disent vouloir s’engager dans une nouvelle phase de militarisation qui rappelle la course à l’armement de la Guerre froide. Les médias font part de leur inquiétude, car les deux leaders partagent la même obsession: rétablir la grandeur passée de leur pays

Radio-Canada est inquiète, d’autant que l’ex-rivale démocrate de Donald Trump, Hillary Clinton, avait «souvent répété que le candidat républicain était trop instable et trop imprévisible pour détenir les codes nucléaires». «Dix autres anciens opérateurs nucléaires avaient aussi écrit dans une lettre» qu’il «n’avait pas le tempérament, le jugement ou les habiletés diplomatiques pour éviter une guerre nucléaire». Or, justement, «les Etats-Unis et la Russie semblent […] s’engager dans une nouvelle phase de militarisation qui rappelle la course à l’armement de la Guerre froide.»

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Quoi? Ce serait donc le «cadeau de Noël» au reste du monde du Pentagone et du Kremlin? On peine à y croire, mais «dans la foulée de la consolidation de la présence américaine en Europe orientale, le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné le renforcement de la force de frappe nucléaire de son pays au cours de l’année à venir, afin de la rendre apte à percer tout bouclier antimissile. Cette décision a fait fortement réagir le président désigné des Etats-Unis, Donald Trump, qui a invité l’armée américaine à faire de même.»

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C’est le président russe qui a lancé la première salve, explique l’AFP, notamment reprise par France 24. «Il faut faire attention à n’importe quel changement dans l’équilibre des forces et de situation politico-militaire dans le monde et surtout aux frontières russes. Et corriger à temps nos plans pour éliminer les menaces potentielles contre notre pays», argumente-t-il.

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Mais face à l’Alliance atlantique, «Vladimir Poutine est-il parano?» se demande Le Journal du dimanche? Le maître du Kremlin avait déjà accusé à la fin de juin dernier l’OTAN «de vouloir entraîner son pays dans une course aux armements «frénétique» et de rompre «l’équilibre militaire» en vigueur en Europe depuis la chute de l’URSS». Mais cette fois, «le président élu des Etats-Unis a publié en réponse un simple tweet» – le moyen de communication qu’il utilise à tort et à travers – «sur cette question hautement stratégique». Il soutient que Washington devait «grandement renforcer et accroître» sa «capacité nucléaire tant que le monde n’aura pas retrouvé la raison dans le domaine des armes nucléaires»:

«Avec cette déclaration», aux yeux du Huffington Post, Donald Trump prend un nouvelle fois le contre-pied de son prédécesseur Barack Obama, qui a œuvré tout au long de ses mandats à réduire l’arsenal américain.» Visiblement, le futur locataire de la Maison-Blanche «n’entend pas poursuivre sur la même lancée. Et sa déclaration fait d’autant plus réagir qu’elle arrive quelques heures après celle de Vladimir Poutine, favorable à une politique similaire en Russie.»

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Ces annonces sont surprenantes si l’on se souvient que lorsqu’il avait soupesé une candidature à la Maison-Blanche en 2007, poursuit l’AFP, Trump avait tressé «des lauriers à Vladimir Poutine»: «Que vous l’appréciez ou non, il fait un super boulot pour redorer l’image de la Russie et aussi pour rebâtir la Russie, point final. […] «J’aime vraiment Vladimir Poutine. Je le respecte. Il fait bien son travail. Bien mieux que notre Bush.»

Il faut croire que quelque chose a donc changé depuis le 8 novembre: l’admiration serait maintenant à géométrie variable suivant le sujet de discussion. Car comme le dit non sans ironie Le Monde, «la mappemonde de Trump […] est assez simple. Dans le rôle des très méchants, la Chine. En allié potentiel, la Russie de Vladimir Poutine. L’endroit à fuir, le Moyen-Orient. Enfin, il y a les Européens: des ingrats.»

«Tout va bien, Madame la marquise»

A cet égard, un blog du Journal de Montréal nous a semblé parler de cette nouvelle géostratégie simplement, mais non sans pertinence. Car le 20 janvier prochain, l’investiture de Donald Trump comme 45e président des Etats-Unis «ajoutera une autre couche à l’incertitude qui plane sur le monde», […] en plus de celles que nous connaissons déjà, […] l’islam politique, le terrorisme et les changements climatiques. Tout va bien, Madame la marquise.»

Alors revenons un peu en arrière, l’histoire étant souvent instructive pour le présent. «Quand Ronald Reagan a été élu président en 1980, les démocrates s’attendaient au pire. Il était de bon ton de se moquer de cet acteur de série B, avec un intellect de série C qui allait, disait-on à gauche, mener l’Amérique à sa perte. Erreur. C’est l’URSS qu’il a contribué à mener à sa perte. Ce que plusieurs d’entre nous estiment être une grande victoire pour l’humanité.»

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La blogueuse, comme nous, doute cependant «fort que Donald Trump devienne le Ronald Reagan du XXIe siècle. Tout d’abord, parce que ce dernier s’était entouré dès le premier jour de gens réputés compétents dans leur champ de responsabilité. […] Essayez ensuite d’imaginer Reagan ridiculiser ses propres services de renseignements au profit d’un leader pour l’instant ennemi. Ou envoyer des tweets, s’il vivait maintenant, pour humilier le rédacteur en chef de Vanity Fair

Le columnist Charles Blow du New York Times a justement résumé la situation cette semaine: «Le pays sera bientôt sous l’égide d’un démagogue instable, non qualifié et indigne. Puisque les républicains contrôlent les deux chambres du Congrès, bien peu de chose peut être fait pour restreindre ou contrôler son pouvoir et son imprévisibilité.»

Mais ce qui inquiète surtout la blogueuse montréalaise, c’est que «Trump et Poutine partagent une obsession: rétablir la grandeur passée de leur pays. […] Poutine ne recule jamais, et place ses pions de manière à conserver ses avancées en dépit des tempêtes politiques. […] Le Washington Post a […] évoqué la possibilité que la Russie rouvre ses bases militaires à Cuba et au Vietnam, fermées après la chute de l’URSS. […] Donald Trump a invité à la Maison-Blanche un des personnages politiques les plus répugnants qui soit: Roberto Duterte, le nouveau président des Philippines.»

Les «salauds» et les autres

Ce, sans encore parler des autres foyers d’instabilité comme Israël et les Territoires palestiniens, avec David Friedman comme ambassadeur des Etats-Unis à Tel-Aviv… pardon, à Jérusalem. Et puis, «c’est bien beau de tirer la langue à la deuxième puissance mondiale, mais que ferait Donald Trump si la Chine mettait ses menaces à exécution et envoyait des troupes à Taiwan? Depuis le temps que les Chinois rêvent de reprendre le contrôle de l’île»…

Conclusion: «Donald Trump ne mérite pas – encore – d’être comparé aux salauds de la planète. On se calme.» Mais regardons une nouvelle fois en arrière, pour mesurer toute l’absurdité de ce fantasme de Guerre froide succédant de part et d’autre à une guerre «chaude»: «Au milieu du XXe siècle, Hitler, Hirohito et Mussolini ont choisi la peur et la mort pour insuffler prestige et pouvoir à leurs pays respectifs. De Gaulle, Churchill et Roosevelt ont choisi la voie de la paix et de la liberté.»

Les choix et les décisions que prendront Donald Trump et Vladimir Poutine à compter de 2017 nous concernent tous, Américains ou non, Russes ou non. En attendant d’éventuels nouveaux missiles balistiques, Joyeux Noël, chères lectrices, chers lecteurs.

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