éditorial

Débat sur la burqa: une cause pas si perdue

EDITORIAL. S’opposer à son interdiction ne revient pas à soutenir le voile intégral. C’est réaffirmer l’une des valeurs fondamentales de la démocratie: la liberté

S’opposer à une interdiction du voile intégral peut ressembler à une cause perdue, après l’adoption par deux tiers de la population, au Tessin comme à Saint-Gall, d’une interdiction de se dissimuler le visage dans l’espace public.

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Peut-on exiger de voir le visage de nos concitoyens? Tous les Suisses devraient être invités à répondre à cette question d’ici à 2020. La tentation du oui, souvent viscérale, est compréhensible. Une femme dissimulée sous un voile ou un hooligan évoquent la soumission et la violence. Le niqab (appelé burqa dans sa variante afghane) s’ancre dans un courant rigoriste de l’islam qui, bien que marginal en Suisse, suscite inquiétudes et soupçons. Ce bout de tissu heurte aussi parce qu’il entrave la communication, dans une société où le visage se trouve au centre des interactions sociales.

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S’opposer à son interdiction ne revient pas à soutenir le voile intégral. C’est réaffirmer l’une des valeurs fondamentales de la démocratie: la liberté. Les partisans d’une nouvelle loi invoquent l’égalité entre hommes et femmes. Il faudrait bannir le niqab car il exclut celles qui le portent. Mais, tout en affirmant lutter contre la discrimination, ils créent un délit féminin par excellence.

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Si une femme décide de se mettre à l’écart en se voilant entièrement, cela relève de sa liberté individuelle. La prohibition ne s’avère pas seulement inutile. Au lieu de faire disparaître ce phénomène qui concerne une poignée d’individus, elle lui offre une présence démesurée. Politiser ce vêtement revient à tendre un outil de revendication identitaire aux fondamentalistes, prompts à se poser en victimes de la majorité.

A celles qui sont forcées de se couvrir le visage et que des tendances paternalistes espèrent pouvoir arracher à leur condition, le Code pénal offre déjà des outils pour se défendre. Il est interdit de contraindre une femme à porter un niqab, un string, ou quoi que ce soit d’autre. Si une femme a des bleus au visage, faut-il interdire les hématomes, ou punir celui qui frappe?

La Suisse s’apprête à engager de grands moyens pour débattre d’un problème théorique. Il n’existe pas de danger justifiant que l’Etat exige de voir le visage de ses citoyens partout et en tout temps, ou à dicter des normes vestimentaires. A Glaris, en 2017, la Landsgemeinde a dit non à une interdiction du niqab dans l’espace public. Les Glaronais attendent-ils la votation fédérale pour dire oui? C’est possible. Ou alors, ils ont laissé la tête parler à la place du ventre. Peut-être que cette cause n’est pas perdue, après tout.

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