Revue de presse

Le débat sur l’interdiction de la Burqa en Suisse est déjà explosif

La presse suisse alémanique accorde une grande place aux déclarations du conseiller d’Etat socialiste Mario Fehr contre la burqa. L’ampleur des commentaires de lecteurs atteste que la discussion est brûlante, avant une probable votation fédérale

Deux cent soixante-huit, c’est le nombre faramineux de commentaires qu’a suscités, dans la Basler Zeitung, la nouvelle qui a éclaté cette semaine: les déclarations d’un socialiste zurichois qui soutient fermement l’interdiction de la burqa.

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En la matière, c’est une dénommée Carmen Fürst qui mène la course en tête des commentaires les plus appréciés, en déclarant: «Il ne s’agit pas ici de combattre le terrorisme, mais de donner des signes: ou bien on s’intègre ou bien on le quitte si l’on ne veut pas accepter les us et coutumes du pays d’accueil. Nous avons accompli beaucoup de pas en direction de ces gens-là, mais maintenant le temps est venu de tirer un trait et de mettre fin au débat […] Et que personne ne vienne nous dire «qu’il n’y a pas de solution simple». Bien sûr qu’il y en a. A moins que le parti socialiste et les Verts ne veuillent continuer comme avant. Fermer les yeux. Ne rien faire. Bloquer les propositions raisonnables. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.»

L’argument touristique? De la daube!

Isley Constantine, elle, balaie d’un revers de la main l’argument qui consiste à dire qu’une pareille interdiction serait très mauvaise pour le tourisme: «Les associations touristiques ne sont intéressées finalement que par une chose, l’argent. Elles ne sont pas intéressées à l’image de la Suisse, elles ne sont pas intéressées par nos valeurs et nos représentations morales. Non, ce qui les intéresse, elles, ce qui est important pour elles, c’est l’argent et tout autre chose doit lui être subordonné. Nous prenons connaissance de l’opinion des associations de tourisme. Mais elle ne doit pas nous intéresser plus que cela et l’on peut simplement l’ignorer.»

L’argumentation touristique passionne d’ailleurs nombre d’internautes qui concluent tous un peu à la manière de Mike Müller: «Il y a une interdiction de la burqa au Tessin et il y a aussi du tourisme…»

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«Beaucoup de femmes remercient l’interdiction de la burqa»

Quant aux valeurs et au choc des civilisations, Martin Bär cite la déclaration de Saïda Keller-Messahli, d’un forum pour un islam progressiste: «Beaucoup de femmes remercient l’interdiction de la burqa.»

Enfin, Michael Giger, analyse: «La gauche permissive semble faire marche arrière, malheureusement 30 ans trop tard. Bon, bref: ce qui m’intéresserait maintenant c’est de lire une vraie enquête journalistique pour comprendre pourquoi la gauche idéologique a tant d’affinité avec l’islam totalitaire. Le fait chez elle de protéger si curieusement de telles structures totalitaires ne viendrait-il pas d’une sorte de communauté d’esprit?»

On l’a compris, dans les colonnes des commentateurs de la Basler Zeitung, la tendance est nettement au soutien de l’interdiction de la burqa, et même au soutien du socialiste Mario Fehr, ce qui n’est pas une mince réussite pour le conseiller d’Etat si l’on songe que la «Basler Zeitung» est un fief blochérien.

Une partie des socialistes se réveillent enfin

Même tendance au plébiscite de l’interdiction et donc de Mario Fehr chez les commentateurs du Blick, qui s’écrient, à l’image de Markus Hufschmid: «Bonjour Monsieur Fehr. Cela me fait plaisir de constater qu’une partie du PS se réveille lentement mais sûrement. Dommage qu’il faille pour cela tant d’années, au point qu’il est presque trop tard […]». Ou de Pedro Steinmann: «Très bien Monsieur Fehr. Vous êtes bien un des rares stratèges du parti socialiste qui soit raisonnable. Vous devriez porter votre candidature à la présidence du parti afin que ce pays puisse mener d’un bout à l’autre des partis une politique qui fasse sens.»

«On a mis le doigt sur un nerf»

A la NZZ, où les commentaires de lecteurs ne sont pas de mise, c’est la rédaction qui constate que l’irritation au parti socialiste est grande, mais qu’elle n’est plus unanime. La «NZZ» met en perspective et constate que ce n’est pas la première fois qu’un ponte du parti socialiste s’engage dans la direction d’une interdiction de toutes pièces de vêtement qui dissimule le visage. En 2009, Boris Banga, socialiste lui aussi, s’était prononcé dans ce sens. Mais en 2009, la chose n’avait pas provoqué de tels gros titres dans la presse, car l’on ne discutait alors que de simples mesures de police. En 2016, le débat a changé de substance et a fait un saut quantique: aujourd’hui, c’est la burqa qui est visée et ce sont de nos valeurs qu’il s’agit. Ce qui commence à faire réfléchir à nouveaux frais le parti socialiste, parce que, comme le dit la «NZZ», «on a mis le doigt sur un nerf».

Au Tages-Anzeiger, même analyse: le parti socialiste est sous pression. Mais que les Jeunes socialistes soient au bord de l’apoplexie ne semble, pour le «Tages-Anzeiger», pas impressionner plus que cela Mario Fehr. Qui semble, par ailleurs, se faire un plaisir de challenger l’autre socialiste du gouvernement zurichois, Jacqueline Fehr, la chouchou des Jeunes socialistes et qui politise à l’extrême opposé de son collègue.

Les socialistes s’auto-étripent? «Tant mieux!»

En l’espèce, c’est à ce lecteur commentateur du «Tages-Anzeiger» qu’on laissera le mot de la fin: «Que pourrait-il arriver de mieux en Suisse qu’un auto-étripage des sociaux-démocrates? Peu de raison et beaucoup d’idéologie n’ont pas de chance de survie dans le paysage politique moderne.»

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