Voilà un cas typique d’un piège tendu par «Downtown Switzerland». Si le parlement zurichois confirme sa première option, qu’il impose une hausse des taxes d’études pour les jeunes étrangers venus se former à l’Université de Zurich, les responsables politiques des autres universités, des EPF et des hautes écoles spécialisées devront réagir. Sans doute dans le même sens. Il paraîtrait en effet absurde qu’une université – en mettant de côté le cas de celle de Suisse italienne – fasse grimper ses tarifs dans son coin. Et le rectorat de Zurich, opposé à cette mesure, serait bien en peine de justifier une telle différence: qu’y a-t-il de tellement mieux dans son école qui vaille d’être payé plus grassement?

Si Zurich devait prendre une telle décision, le débat, pourtant légitime, serait relancé sur de mauvaises bases. D’abord, parce que placer tous les cerveaux étrangers à la même enseigne est malhabile. En particulier s’agissant de ceux de l’UE. Ici, on devine le calcul électoral sur lequel repose l’opération, venant notamment d’une UDC qui fustige la déferlante allemande, entre autres invasions. Or la Suisse profite largement de ses accords scientifiques et académiques avec l’UE; infliger une pénalité aux étudiants de l’Union trahirait une intention bien ingrate. La question se pose différemment pour les postulants d’autres horizons.

Surtout, la question des taxes d’études mérite une meilleure assise. Près de la moitié des jeunes fréquentant les auditoires des hautes écoles suisses ont un parent, au moins, qui possède un titre universitaire. Il n’est pas antisocial d’imaginer que ces familles-là pourraient contribuer à une forme de soutien en faveur des étudiants moins bien lotis. Une augmentation, raisonnable, peut se défendre. Pour autant que les sommes ainsi gagnées n’aillent pas dans les caisses des cantons, ce qui équivaudrait à un coup d’épée dans l’eau. Mais qu’elles servent à mieux doter un système de bourses d’études scandaleusement pingre dans la riche Suisse. Les conditions d’exemption devraient en outre être assouplies.

Une telle réforme semble négociable si le dispositif est conçu calmement, et que les responsables ne perdent pas de vue l’objectif premier: accroître l’égalité des chances, qui n’est pas une spécialité nationale. Centrer d’emblée la question sur les cerveaux étrangers fausse la discussion.