Il ne se passe pas de semaine sans que mon point de vue culturel et générationnel soit bousculé par un appel au décentrement. L’environnement par exemple. Je croyais bien faire en le percevant comme fragile, nécessitant respect et soins afin qu’ensemble, lui et nous, puissions cohabiter en bonne intelligence sur la planète. Je n’avais pas tout faux mais pas juste non plus. Car, dit Bruno Latour, l’environnement n’existe pas. Ou plutôt, il n’existe que sous le regard de l’être humain fâcheusement habitué à se mettre au centre pour organiser autour de lui le monde passé, présent et futur.

«Au sens propre, rien ne nous environne, tout conspire à notre respiration», écrit-il dans son dernier pamphlet, Où suis-je? Leçons du confinement à l’usage des terrestres. En d’autres termes, nous sommes nous-mêmes l’environnement puisqu’il n’y a pas de limite repérable entre un organisme et ce qui l’entoure, entre nous, l’air, le sol, les lombrics, le béton, les poules et les navettes spatiales. Il n’y a pas d’en-dehors de nous. L’environnement sort de nous, comme la fourmilière sort des fourmis et «comme la ville de Prague émane de ses habitants».