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Le déclin de l’empire bessonien

Alors qu’est sorti cette semaine «Anna», son 18e long métrage, Luc Besson est en train de voir son empire menacé d’implosion

Ce n’est pas un secret: je n’aime pas le cinéma de Luc Besson. Beaucoup de choses, chez le réalisateur français, m’agacent: sa façon de puiser dans les films des autres sans jamais revendiquer une quelconque influence, les mêmes tics esthétiques constamment recyclés, ses personnages caricaturaux, son approche démagogique de la narration, et j’en passe. Ce sont Nikita et Léon qui, au début des années 1990, feront office de déclic avec entre autres défauts leurs héroïnes hyper-sexuées ressemblant plus à des objets de fantasme qu’à des figures féministes. Mon exaspération culminera en 2011 avec The Lady, biopic consacré à l’opposante birmane Aung San Suu Kyi et qui se révélera être une mièvre romance apolitique.

Parti de rien, Besson s’est mis en tête de se bâtir un empire pouvant rivaliser avec Hollywood, fondant en 1999 la société EuropaCorp – qui produira parfois des films d’auteur mais se distinguera surtout avec des produits de grande consommation (les séries Taxi, Taken et Le Transporteur) – puis inaugurant en 2012 à Saint-Denis le gigantesque complexe de la Cité du cinéma, au financement opaque. Besson n’est pas un artiste, mais un homme d’affaires avec une conception commerciale du 7e art.

Un empire qui vacille

L’Homme qui voulait être aimé, biographie non autorisée publiée en 2016, montre bien comment il a toujours cherché reconnaissance et pouvoir, n’hésitant pas à investir dans une compagnie de sécurité ou des salons de coiffure pour diversifier ses activités. Mercredi est sorti Anna, son dix-huitième long métrage, qui est une relecture de Nikita – pourquoi se fatiguer à écrire une histoire originale si on peut réactualiser de vieilles recettes? Affaibli par les mauvais résultats de Valérian, l’empire Besson vacille un peu plus avec ce film qui, aux Etats-Unis, se profile comme un flop. Lourdement endettée, la société EuropaCorp a été placée sous procédure de sauvegarde. En parallèle, la comédienne Sand Van Roy accuse le Français de viol, détaillant au Monde la manière dont il l’a prise sous son aile avant d’exercer sur elle une intenable pression psychologique. Le site Mediapart avait déjà réuni, en décembre, neuf témoignages de femmes à charge.

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L’empire Besson n’est peut-être pas seulement en train de vaciller, mais carrément au bord de l’implosion. Le nabab, qui a toujours voulu tout contrôler, pratiquant une culture du secret qui suscite interrogations et méfiance, a de quoi trembler. En 2006, il annonçait sa retraite de réalisateur. Treize ans et huit longs métrages plus tard, il semble exsangue. Besson, c’est un peu la grenouille de La Fontaine qui, se rêvant bœuf, «s’enfla si bien qu’elle creva».


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