La vie commençait à reprendre son cours depuis la semaine dernière en Corée du Sud, pays considéré comme un modèle dans la lutte contre le Covid-19, dit l’Agence France-Presse. Mais, ce week-end, patatras: Séoul, la province voisine de Gyeonggi et la ville toute proche d’Incheon ont décrété la fermeture des clubs et des bars, ce après avoir enregistré le plus grand nombre de cas de coronavirus depuis plus d’un mois. C’est dire la réalité des «nouveaux» risques qui se présentent au moment où, comme des dizaines de millions d’Européens, dont les Suisses, une bonne part des confinés de la galaxie terrestre retrouvent certaines de leurs libertés.

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Alors on aura beau écrire, comme le fait L’Agefi, qu’il faut reprendre «confiance en nous», «la réussite du redémarrage de l’économie dépend» de ce «facteur clé» qu’est, précisément… la confiance. «Ce lundi, la vie» devrait «reprendre une certaine normalité. C’est heureux.» Mais avec des règles strictes qui ordonnent le mouvement. Et empêchent tout triomphalisme.

Quelles sont-elles? «Les enfants peuvent reprendre le chemin de l’école, les adultes celui des restaurants et autres commerces. Les mesures d’éloignement social et d’hygiène restent d’actualité et gardent toute leur importance. Les assouplissements s’accompagnent de plans de protection. Selon la branche, il peut s’agir d’une recommandation ou d’une obligation de porter un masque. Les personnes vulnérables doivent continuer de rester à la maison», résume la RTS. Joli tableau, mais pas encore aussi paradisiaque que les îles où nous n’irons pas cet été, reconnaît l’ensemble des médias de ce pays.

Un seul exemple. A l’économie meurtrie, on redonne «de l’oxygène alors que des dommages historiques lui ont été infligés pour lutter contre le coronavirus». «Aujourd’hui, la grande réouverture», clame le Blick à la une. Alors, poursuit Frédéric Lelièvre, nouveau rédacteur en chef du quotidien financier et ex du Temps, va pour la confiance. La «confiance pour se déplacer, fréquenter les magasins, les restaurants, ou les hôtels, […] contributeurs majeurs à l’emploi. Les mesures sanitaires prises pour protéger les consommateurs faciliteront» le travail.

«Coûts et bénéfices»

On est aidés, mais «pas d’oreiller de paresse!» comme on a pu le lire il n’y a pas si longtemps sous quelques plumes impatientes de tracer le nouveau sillon du succès sur les marchés. Il est donc «important de commencer à regarder autrement la menace du Covid-19», après avoir constaté que le système de santé suisse a tenu le choc. Et surtout, comme le défend tout bon vieux libéral, il faut «garder en tête les coûts et bénéfices des mesures prises. Car il y aura toujours un prix à payer.» Sur ce plan-là, «tout le monde lorgne vers nos autorités pour réclamer des certitudes», c’est Le Nouvelliste qui le dit.

«On ne peut pas transformer une pandémie en opportunités», pour le quotidien valaisan. «On ne peut pas tous et tout changer. Impossible. […] Mais on peut, en attendant, s’adapter et accepter de vivre sans assurances, avec des contraintes et sûrement nombre de dysfonctionnements les réouvertures […]. Tout sera imparfait, mais au moins va-t-on vers l’avenir.» Avec de jolies formules concoctées du côté de Sion: «On s’est plaint que tout s’arrête. On se plaint que tout recommence.» Ou:

Il va falloir survivre encore avant de revivre, au moment où les restos vont résonner du son des verres qui se titillent (eux auront le droit)

Stéphanie Germanier

A votre santé, mais tout de même! «Ce lundi, la Suisse veut oublier ce qu’elle a été durant deux mois. Car le Covid-19 coûte cher à l’économie», explique aussi Le Courrier, à Genève, mais dans une autre optique: «Le taux de chômage bondit, notamment dans les cantons romands où il avoisine les 5%. Temporaires, indépendants, jeunes, les graves difficultés et vagues de licenciements se profilent. Cette réalité-là est indéniable. Mais il en est d’autres, que la pandémie a exacerbées», comme l’urgence sociale et l’urgence sanitaire. Définanciariser ces domaines et leur redonner la priorité dans les politiques publiques» serait ainsi mieux que «trop jouer la fuite en avant, à flux tendu, dégarnissant le secteur de la santé».

La fin de l’alarme

Est-ce bien vrai? «Depuis le début de la crise du coronavirus, l’Office fédéral de la santé publique a un visage: celui, creusé, de Daniel Koch.» En général, c’est lui qui les donne, les explications. Mais l’OFSP «a aussi un directeur, Pascal Strupler, qui se tient en retrait depuis le début de l’épidémie.» Il a rencontré Heidi.news à Berne. Pour parler «des masques, des tests de dépistage, du déconfinement, d’une éventuelle deuxième vague»… Ce, alors que même les meilleures choses ont une fin:

Mais attention. Si «l’ambiance alarmiste est passée», écrit le Tages-Anzeiger, «l’insécurité demeure» et «réveille de nouvelles peurs». Sur le chemin de l’école, dans les transports publics, les restos ou les magasins. Le risque soudain «augmente» et «beaucoup de gens craignent de perdre leur emploi». Et puis, il y a la philosophie qui parfois vient relativiser tout cela, comme celle distillée par Anna Lietti sur le site Bonpourlatete.com.

Avec elle, mettons-nous à table. Car «nous ne nous asseyons pas à table pour manger, mais pour manger ensemble», écrit Plutarque à l’aube de l’ère chrétienne. Mais l’affaire était claire déjà pour les Babyloniens trois mille ans avant lui: le repas pris en commun, c’est l’expression fondamentale du lien entre les hommes, de la solidarité, de l’échange. La convivialité, ses gestes, ses usages, distingue l’humain de l’animal et fonde la civilisation. Convivialité, convive, du latin cum vivere, vivre ensemble.» Mais pourquoi nous parle-t-elle de tout ça? Réponse:

Eh bien, pour parler d’autre chose. Je tenais beaucoup, en ce 11 mai 2020, à parler d’AUTRE CHOSE. Bon d’accord, j’ai lamentablement échoué. La prochaine tournée est pour moi


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