Reconquérir une forme de normalité. Apprendre à vivre avec un virus qui continue de circuler, parfois avec une redoutable intensité. En Suisse comme en France, l’heure du déconfinement est d’abord celle des faits, tant ils demeurent têtus: à ce stade, la menace de l’épidémie de Covid-19 n’a pas du tout disparu. Le risque d’une seconde vague ne doit surtout pas être écarté. Rouvrir écoles, commerces, entreprises, administrations et lieux publics à partir de ce lundi, même par étapes prudentes, présente des risques médicaux, sociaux et économiques qu’il serait absurde de minimiser ou, pire, de négliger.

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Croire en revanche que cet assouplissement peut ressembler, dans sa gestion quotidienne et politique, aux deux mois de verrouillage qui viennent de s’écouler serait une grave erreur. L’urgence de la bataille sanitaire, médicale et hospitalière demandait, pour justifier l’exigence de rester chez soi, des batteries de chiffres et une pédagogie centrée sur les dangers de la mortelle épidémie. Le principe de précaution s’imposait comme la règle sacro-sainte, avec son degré discutable mais compréhensible d’entorses ponctuelles aux libertés.

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Quelles exigences?

Déconfiner, à l’inverse, exige de miser sur la confiance et la responsabilité de chacun. De les encourager, en évitant le plus possible les mesures d’exception. Cet appel – répété depuis deux mois par Alain Berset – doit reprendre le dessus sur la surveillance et la coercition. Au plan individuel autant que collectif, il peut, à terme, permettre à nos démocraties de vaincre le virus et de reprendre le cours d’une vie normale.

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Nos gouvernements, dans cette phase cruciale, devront tirer les leçons des semaines écoulées. L’heure a sonné d’un retour d’une parole politique moins scientifique, moins alarmiste, moins autoritaire, et pour une valorisation des expériences de terrain lorsqu’elles ont réussi. La production artisanale de masques, devenue de plus en plus professionnelle et synonyme parfois d’activité retrouvée pour de petites entreprises, ne doit, par exemple, pas être balayée d’un coup par la réapparition de stocks à des prix bon marché dans les grandes surfaces.

Nos repères? L’apaisement, la coopération et le retour à un sain questionnement des médias sur l’action des pouvoirs publics. Si l’hystérie des accusations parfois constatée en France ne constitue pas un bon terreau pour la reconstruction, le déconfinement doit déverrouiller les silences du confinement.