La toile francophone

«Déconfiture historique» pour les indépendantistes québécois

Mécontente de sa mauvaise majorité au parlement de la province, la cheffe du gouvernement Pauline Marois, première femme à ce poste, avait convoqué des élections anticipées. Devenues un «référendum sur le référendum», elles ont profité aux concurrents libéraux. Les analyses et réactions de certains médias québécois

«Amère défaite», dit La Presse. Pour le moins. Première femme de l’histoire à avoir accédé au poste de première ministre du Québec, Pauline Marois, cheffe du Parti québécois (PQ, plutôt de gauche et indépendantiste), a perdu lundi les élections provinciales anticipées qu’elle avait provoquées, le 5 mars dernier.

Ne disposant pas d’une majorité suffisante au parlement, le PQ a fait le pari d’un scrutin général. Raté. Et de manière cruelle, note encore La Presse: «Battue dans sa circonscription, [Pauline Marois] aura finalement eu le mandat le plus court de l’histoire.» Il y a eu «dégelée» pour le PQ, qui obtient seulement 30 sièges, contre 54 lors des législatifs de 2012. Le grand gagnant de ce lundi électoral est le parti libéral mené par Philippe Couillard, personnalité pourtant controversée. On peut voir les résultats complets notamment sur cette page de La Presse, et sur cette carte proposée par Le Devoir. Dans un autre article, ce média parle de «déconfiture historique» et précise: «Avec 25,4%, [le PQ] a enregistré le plus faible score depuis sa première participation à une élection, en 1970». Le succès libéral s’enregistre dans bon nombre de régions de la province, relève une dépêche du site Canoë.ca.

Citée par La Presse, Pauline Marois a notamment déclaré: «Si j’ai un regret, ce soir, c’est de n’avoir pu renforcer la présence du français dans tous les domaines. Alors je le dis, je suis inquiète pour notre langue», a-t-elle laissé tomber. «Alors peu importe nos allégeances politiques, nous avons le devoir de brandir le flambeau de la langue française et de le faire bien haut».

Pour le journal populaire, l’échec du PQ s’explique par deux principales raisons: la volonté de ce parti de lancer un vaste débat sur les signes religieux et les valeurs laïques, sous la forme d’une «charte des valeurs» (lire la Toile francophone que nous avions consacrée à ce sujet); et la candidature du patron de presse milliardaire Pierre Karl Péladeau (évoquée ici), qui possède le groupe Quebécor (Le Journal de Québec, le câblodistributeur Videotron, les libraires Archambault). Celui-ci a été élu dans sa circonscription.

Le Devoir livre une analyse fouillée de la «catastrophe» qui frappe le parti indépendantiste. En évoquant un possible nouveau référendum sur l’autonomie, le parti aurait lancé un boomerang qui est vite revenu, laissent penser certains. Le journal écrit ainsi: «Les libéraux ont réussi à faire de l’élection un référendum sur l’option souverainiste, a confié, dépité, un des responsables de la campagne du PQ. «Je commence à croire qu’on se bat contre plus fort que nous», a affirmé ce stratège chevronné. Et quand ce ne fut pas les libéraux qui sont venus ravir des sièges péquistes jugés sûrs, ce sont les caquistes [de la Coalition Avenir Québec, parti de centre-droit] qui ont fait le travail.»

Cette campagne 2014 a été marquée par une nette hausse de l’agressivité politique, ont relevé à plusieurs reprises les observateurs, souvent pour le déplorer. Le jour du vote, Le Devoir faisait le bilan: «La campagne qui se termine aujourd’hui aura parfois eu des allures de combat extrême. Un aspirant premier ministre a dit d’emblée qu’il «détestait» son adversaire, ajoutant qu’il était «toxique». L’autre a parlé du «bilan de merde» du parti dont il veut éviter le retour au pouvoir. «Qui se ressemble s’assemble», a lancé une chef en parlant de son adversaire ayant eu de mauvaises fréquentations. Même une élue réputée pour sa douceur a traité un nouveau venu dans un parti adverse comme un pestiféré, soutenant que jamais elle ne «s’assoirait à ses côtés».»

Plutôt favorable à la cause indépendantiste, Le Devoir publiait une première prise de position lundi, au moment où nous rédigeons, qui jugeait sans préjugé les failles de la campagne péquiste. Notamment la prise de position du magnat Péladeau en faveur de la séparation d’avec le Canada: «Le véritable tournant de l’élection est attribué à l’entrée en scène de Pierre Karl Péladeau. Sa déclaration sur la souveraineté fut instrumentalisée par les libéraux, transformant l’élection en un référendum sur le référendum. Aveugles, les stratèges péquistes ne l’avaient pas vu venir. Bien avant l’arrivée du président de Québecor, les libéraux disaient pourtant vouloir aller sur ce terrain.» Le journal concluait en partie, avant d’évoquer les hauts et bas des factions indépendantiste et la claire «sanction» contre le gouvernement Marois: «Ce n’est pas la fin du mouvement souverainiste.»

Le Soleil accable davantage encore Pauline Marois dans son analyse. De fait, il va toutefois dans le même sens: «La campagne de Philippe Couillard a connu sa part de bavures, mais le chef n’a pas dévié de son objectif: miser sur l’économie, et convaincre les Québécois qu’une victoire péquiste mènerait à un troisième référendum.» Une perspective qui s’éloigne.

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