nouvelles frontières

La déconstruction des Etats-Unis

Devant l’ONU, le Pakistan pose la question de l’autodétermination d’Hawaï et de l’Alaska. Une première historique.

Nouvelles frontières

La déconstruction des Etats-Unis

Est-ce le début de la déconstruction des Etats-Unis? Sans doute pas, mais la question est désormais posée devant l’ONU. Lundi, Leon Kaulaho Siu, «ministre des Affaires étrangères du Royaume d’Hawaï», et Ronald Barnes, «ambassadeur d’Alaska», étaient à la fête. «C’est historique!» entonnait l’un. «Jamais je ne pensais voir cela de mon vivant!» ajoutait l’autre. Leon et Ronald sont de vieux comparses. L’un et l’autre se réclament de gouvernements informels, illégaux, mais bel et bien constitués.

Pour l’Hawaiien, son royaume n’a jamais été aboli mais simplement suspendu. Il y a une vingtaine d’années, un gouvernement provisoire contestant la souveraineté américaine sur l’île s’est formé. Il en est le diplomate en chef. L’Alaskien affirme pour sa part avoir été nommé par un Conseil des Anciens. Voilà douze ans qu’il réside à Genève comme lobbyiste en chef de la cause des Esquimaux auprès des Nations unies. Leur but: l’indépendance pour les 49e et 50e Etats formant les Etats-Unis, l’annexion de ces territoires – transformés en Etat en 1959 – étant jugée «illégale» en regard du droit international.

Et lundi, donc, l’impensable s’est produit: à la tribune du Conseil des droits de l’homme, le représentant du Pakistan évoque la question du statut d’Hawaï et de l’Alaska à l’occasion de l’Examen périodique universel des Etats-Unis. «C’est la première fois qu’un Etat porte notre dossier à un tel niveau à l’ONU et pose la question du droit à l’autodétermination», estiment les deux hommes.

Le représentant du Pakistan a interpellé les Etats-Unis sur la base d’un document rédigé deux ans plus tôt par le rapporteur spécial de l’ONU Alfred-Maurice de Zayas, consacré à la «promotion d’un ordre international démocratique et équitable», dans lequel était fait mention le droit à l’autodétermination d’un certain nombre de peuples et de régions.

Leon Kaulaho Siu et Ronald Barnes se prévalent d’un solide argumentaire juridique pour défendre leur position. Les Etats-Unis se sont par ailleurs déjà excusés par le vote d’une loi en 1993 pour l’occupation illégale d’Hawaï en 1893. Mais, selon Washington, l’annexion d’Hawaï et de l’Alaska a été validée en toute légitimité par deux référendums. C’est une affaire interne.

Pourquoi le Pakistan, allié de Washington dans sa lutte contre le «terrorisme», a-t-il alors pris l’initiative de défendre la cause de peuples qui lui sont parfaitement étrangers et ainsi de questionner la souveraineté des Etats-Unis? Leon Kaulaho Siu et Ronald Barnes sont conscients des risques d’instrumentalisation de leur combat dans le contexte politique actuel.

Ronald Barnes a bien noté que la presse russe s’est emparée de cette question depuis quelques mois, en lien avec l’annexion contestée de la Crimée. Leon Kaulaho Siu indique que l’armée chinoise a récemment évoqué – de façon rhétorique – la fourniture d’armes à Hawaï en réponse à la vente envisagée de chasseurs F-15 américains à Taïwan. Dans le passé, Saddam Hussein avait déjà utilisé l’«arme» d’Hawaï lors de l’invasion du Koweït, tout comme Margaret Thatcher lors de son intervention aux Falklands.

En fin de semaine, la mission du Pakistan auprès de l’ONU à Genève n’était pas disponible pour apporter des précisions sur sa démarche. Quant à Ronald et Leon, ils retournent la question: reste à savoir qui manipule qui? A défaut d’indépendance, Hawaï et l’Alaska pourraient faire parler d’eux ces prochains mois.

«C’est la première fois qu’un Etat porte notre dossier à un tel niveau à l’ONUet posela questiondu droit à l’auto-détermination»

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