Du bout du lac

Défaites de Genève

Tout est en place pour que les Fêtes de Genève continuent de remplir leur fonction première: catalyser la mauvaise humeur des Genevois qui, au creux de l’été, manquent cruellement d’autres raisons de s’énerver

Résumons. Genève est située au bout d’un joli lac et jouit d’un climat tempéré. Il y fait bon vivre, surtout quand le soleil brille sur la Rade. Aux touristes, Genève offre l’horloge fleurie, le jet d’eau, le mur des Réformateurs, un petit train vert, de beaux hôtels et nombre de boutiques bien achalandées. Au creux de l’été, Genève propose aussi les Fêtes de Genève. Rebaptisées Geneva Lake Festival l’an dernier, parce que «Fêtes de Genève», c’était un peu compliqué.

A priori, l’affaire ne relève pas exactement de la quadrature du cercle: il s’agit de faire venir des touristes qui aiment bien se taper sur la tête avec des marteaux qui clignotent. Et, si possible, de faire un peu plaisir aux Genevois qui, eux, préfèrent boire des verres en écoutant One FM. C’est d’ailleurs en pensant à eux, et à leur qualité de vie, qu’il fut décidé, l’an passé, de revoir la formule. C’est-à-dire de la raccourcir, de brider le Luna Park au profit de réjouissances plus lacustres, plus locales et moins criardes.

Une faille, un nœud, un pataquès

Mais les Fêtes de Genève ayant lieu à Genève, il fallait que ça se complique. Il fallait au moins une faille, un nœud, un pataquès. Ou tout cela à la fois, tant qu’à faire. Question de principe. Berceau de la «genevoiserie», la capitale mondiale de la tempête dans un verre d’eau avait un rang à tenir, une réputation à honorer.

Alors on a fait les choses comme on sait les faire à Genève. Du grand art. En commençant par la distribution de rôles: une fondation privée, Genève Tourisme, chargée d’organiser, sur le territoire d’une ville qui ne l’aime pas, une manifestation destinée en priorité aux visiteurs, c’est-à-dire à tous, sauf à ceux qui se sentent concernés… Dix sur dix.

Les conditions du fiasco étant réunies, ne restait plus qu’à s’inspirer, pour la mise en œuvre, de recettes qui ont fait leurs preuves. En vrac: un délai trop court pour réinventer la roue; une durée difficilement compatible avec l’objectif d’autofinancement; un Français providentiel censé sauver la fête (comme Marc Roger devait sauver le Servette), très généreusement accueilli puis rapidement remercié; une initiative populaire qui menace un édifice déjà branlant et, cerise sur le gâteau, le service d’audit interne de l’Etat qui entre dans la danse. De la très, très belle ouvrage.

Les Genevois peuvent dormir tranquille, tout est réuni pour que leurs Fêtes continuent, et pour longtemps, à assurer leur mission première: catalyser la mauvaise humeur atavique d’une peuplade qui, dans la torpeur de l’été, manque cruellement d’autres raisons de s’énerver.

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