Cette année marque le 30e anniversaire des principes de base des Nations unies relatifs au rôle du barreau. Ces principes dont le titre ne présage pas de leur importance sont en réalité essentiels en ce qu’ils promeuvent et garantissent le rôle fondamental de l’avocat et des associations d’avocats pour permettre un meilleur accès à la justice, le droit à un procès équitable et la pérennité d’un Etat de droit. En assurant la défense de leurs clients, les avocats permettent à chacun de faire valoir ses droits et assurent le respect des libertés fondamentales.

Adoptés par les Nations unies en septembre 1990, ces principes affirment que le recours à l’avocat est un droit et que les pouvoirs publics doivent veiller à ce que les avocats puissent s’acquitter de leurs fonctions sans entrave, intimidation, harcèlement ou ingérence indue. En effet, loin de l’image de l’avocat notable et nanti, chaque jour, des avocats sont harcelés, menacés, poursuivis, emprisonnés, voire assassinés en raison de leur profession. 28% des attaques contre les défenseurs des droits humains concernent des avocats. La profession est ainsi la plus visée après celle des journalistes.

Dérive turque

Les répressions contre les avocats se sont malheureusement intensifiées ces dernières années, y compris en Europe. Près de nous, en Turquie, plus de 160 avocats ont été poursuivis et traduits en justice depuis la tentative de coup d’Etat de 2016. En mars 2019, 18 avocats ont été condamnés à des peines de prison à l’issue de procès de masse qui ont soulevé de sérieuses inquiétudes quant au respect des droits des accusés. Parmi eux Me Ebru Timtik a continué à protester contre sa détention injustifiée et demandait un procès équitable depuis sa cellule. Le 27 août 2020, elle est morte en prison des suites d’une grève de la faim qui a duré 238 jours. Son confrère, Me Aytac Unsal, poursuit une grève de la faim depuis plus de 200 jours. Il y a quelques jours encore, le 11 septembre, 48 avocats et 7 élèves avocats ont été arrêtés dans la province d’Ankara aux côtés d’autres et accusés «d’appartenir à une organisation terroriste». Dans les faits, les autorités turques reprochent aux avocats d’assurer la défense de nombreuses personnes accusées par les autorités turques d’«être membres du mouvement guleniste», ou encore portées disparues.

Nasrin Sotoudeh a été condamnée en 2019 à 38 ans de prison et 148 coups de fouet en l’absence de tout procès équitable

En Iran, Me Nasrin Sotoudeh, avocate d’opposants au régime et défenseuse des droits de la femme, a été condamnée en mars 2019 à 38 ans de prison et 148 coups de fouet en l’absence de tout procès équitable. Toujours incarcérée, elle a entamé une grève de la faim le 11 août dernier et son état de santé est extrêmement préoccupant.

Remise du Prix Trarieu

Le 28 août 2020, c’était Me Monferrier Dorval, bâtonnier du Barreau de Port-au-Prince (Haïti), avocat respecté et défenseur des droits humains, qui était assassiné devant son domicile. Il ne s’agit malheureusement que de quelques exemples, parmi tant d’autres, d’avocats connus ou dont les noms ont été effacés pour tenter de faire oublier leur action en faveur de la justice.

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Pour marquer le 30e anniversaire des principes de base relatifs au rôle du barreau, l’Ordre des avocats de Genève, au côté de nombreuses associations professionnelles internationales, souhaite honorer le courage de ses consœurs et confrères à travers le monde qui remplissent au péril de leur vie les devoirs de leur profession. Une journée de célébration s’est tenue le 24 septembre après la remise, le même jour, du Prix international des droits de l’homme Ludovic Trarieux. Créé en 1984, le Prix Trarieux est le plus ancien hommage des avocats à un avocat. Il récompense chaque année celui qui aura illustré par son œuvre, son activité ou ses souffrances, la défense du respect des droits humains, des droits de la défense, la suprématie du droit, la lutte contre les racismes et l’intolérance sous toutes leurs formes. De Nelson Mandela à Mahienour El-Massry (Egypte), Waleed Abu al-Khair (Arabie saoudite), Wang Yu (Chine) ou Mohammed al-Roken (Emirats arabes unis), ce prix met en lumière et rappelle tous les ans l’importance du rôle des avocats et de leurs combats pour la défense des droits de toutes et tous partout.


*Sandrine Giroud, présidente de la commission des droits de l’homme de l’ODAGe et Sofia Suarez-Blaser

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