Mercredi, seize ans après Gerhard Schröder, il sera aisément élu à la Chancellerie par le Bundestag. Le social-démocrate Olaf Scholz a beau être décrit comme un politicien qui incarne la continuité avec Angela Merkel dont il fut le vice-chancelier, cet esprit hanséatique joue sur deux tableaux. La continuité et la rupture. En choisissant l’épidémiologiste réputé Karl Lauterbach comme ministre de la Santé au cœur d’une pandémie qui a atteint un pic inquiétant outre-Rhin, il continue de miser sur la rationalité chère à Merkel. Mais il veut aussi placer l’Allemagne sur une nouvelle trajectoire, conscient du fait que le pays ne peut pas se contenter d’une rente de situation.

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Le nouveau chef du gouvernement ne manque pas d’ambition en annonçant «la plus grande modernisation industrielle» de l’histoire récente du pays. Son principal défi sera de convaincre la population de le suivre dans cette entreprise herculéenne. On l’a vu avec l’émergence de Pegida puis de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) ainsi qu’avec les mouvements antivax qui s’expriment ces jours en Saxe, la société allemande est menacée de fragmentation. La future ministre de l’Intérieur, Nancy Faeser, promet déjà un combat acharné contre l’extrémisme de droite. Les efforts qui devront être fournis pour réformer l’économie et le secteur énergétique risquent d’accentuer une telle polarisation. Dans cet exercice d’équilibrisme, la présence des libéraux (FDP), dans une coalition nouvelle dominée par les sociaux-démocrates et les Verts, pourrait atténuer les critiques.

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Souveraineté de l’Union européenne

Face à une géopolitique marquée par une forte rivalité entre les deux plus grandes puissances de la planète, Etats-Unis et Chine, le gouvernement Scholz nourrit aussi l’espoir de renforcer la souveraineté stratégique de l’Union européenne. Un dessein louable dont la réalisation dépendra toutefois beaucoup de la personne qui siégera à l’Elysée après la présidentielle française. A ce titre, la sensibilité de la future cheffe de la diplomatie allemande, la Verte Annalena Baerbock, converge avec la volonté de Berlin de réaffirmer les valeurs démocratiques face à la Chine et à la Russie. Un point très sensible pour une économie d’exportation qui ne s’embarrasse pas toujours des droits humains.

Pour réussir, Olaf Scholz a constitué un cabinet paritaire où les femmes n’ont jamais occupé de postes aussi importants: Affaires étrangères, Intérieur et Défense. Un clin d’œil manifeste à une dame qui tire sa révérence, «Mutti» Merkel.