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Le mur des Réformateurs, Genève.
© 123rf

Opinion

Le défi des Eglises réformées pour gagner les cœurs

OPINION. Dans un éditorial, «Le Temps» s’interrogeait en début de semaine sur l’avenir du protestantisme. Alexandra Deruaz, codirectrice de l’Eglise protestante de Genève, répond que la jeunesse reste pourtant intéressée par la foi, même s’il est devenu difficile aujourd’hui d’en témoigner

Si vous n’aimez ni la foule ni les jeunes, évitez la gare de Genève ce soir! Cinq mille personnes de 15 à 25 ans arrivent de toute la Suisse à Cornavin par trains spéciaux. Ce n’est ni pour assister à une Coupe du monde de football ni pour vibrer à un concert d’Ariana Grande… Les stars du week-end se nomment Switchfoot, un groupe de rock chrétien californien, Frère Aloïs de la communauté protestante française de Taizé, et un Allemand dont on a pas mal entendu parler depuis quelques mois, Martin Luther, qui apparaîtra dans un son et lumière époustouflant sur le mur des Réformateurs.

Le festival pour la jeunesse protestante Reformaction, qui se tient tout le week-end dans un périmètre allant de la cathédrale Saint-Pierre à l’Arena, est le bouquet final des festivités commémorant la Réforme. Louanges rock, open stage, prières, ateliers, célébrations… rythmeront les deux jours des festivaliers. Pour les Eglises protestantes de Suisse, l’affluence attendue est une réussite! Elle vous surprend? Alors vous serez également étonné d’apprendre que près de 10 000 personnes assistaient dimanche dernier au Zénith de Strasbourg à un culte XXL dans le cadre de «Protestants en fête 2017».

Quand Le Temps de mardi s’interrogeait sur ce qu’il reste de la Réforme aujourd’hui (plus grand-chose, affirmait l’éditorialiste), je suis heureuse de constater que les grands rassemblements protestants ont la cote.

Etre clair sur son identité

Les ingrédients du succès? A mon sens, ils tiennent en six mots: rassemblement, joie, ferveur, fun, ouverture d’esprit, éclectisme. C’est aussi vrai chez les catholiques, dont les grands rassemblements – JMJ, Frat, etc. – attirent des milliers de personnes.

Soyons clairs: les Eglises réformées ne se sont pas transformées en mega-churches à l’américaine, et sans doute ne le souhaitent-elles pas. Cela étant, elles sont confrontées, à l’échelle locale et sur la durée, à un vrai défi: comment retrouver, hors événements exceptionnels, le cœur des gens, en particulier de celles et ceux qui n’ont pas, ou très peu de liens avec les Eglises?

Un premier point essentiel consiste à être au clair sur son identité et sa mission. A Genève, l’Eglise protestante a adopté en 2014 une vision qui fédère et qui donne un cap: nous sommes une Eglise de témoins, traversée par la joie de Jésus, qui va à la rencontre de toutes et tous.

Difficulté de témoigner de sa foi

Dans une société où le Père Noël a remplacé le «petit Jésus», témoigner (sous-entendu: pas seulement à soi-même!) de l’espérance qui nous habite nous semble primordial (libre ensuite à chacune et chacun d’écouter ou non). Mais c’est tout sauf évident, en particulier pour les réformés. Un célèbre animateur français, qui a découvert la foi à l’âge adulte, a expliqué sa difficulté à en parler à ses collègues: c’était plus dur que d’avouer que l’on prend des antidépresseurs! Le contexte laïc de Genève, qui relègue le religieux à l’unique sphère privée, n’aide pas.

L’intuition géniale des réformateurs fut d’abandonner le latin pour parler le langage de leur temps

Qu’importe, ce changement profond est en cours, dans les Eglises protestantes romandes comme chez nos cousins français. Et c’est tant mieux: toutes les communautés que je connais et qui font église pleine le dimanche assument qui elles sont et qui est le moteur de leur vie. Pourquoi? «Les jeunes adorent que l’on parle de Jésus, me racontait récemment une Lyonnaise à la foi communicative. On dit, dans nos pays laïcs, que c’est la norme d’être athée, mais l’être humain n’est pas programmé comme cela.»

Adopter les codes contemporains

Se décomplexer pour témoigner est essentiel, oser et se libérer de nos habitudes pour le faire de manière audible et attrayante pour le grand public l’est tout autant. L’intuition géniale des réformateurs fut d’abandonner le latin pour parler le langage de leur temps. Cinq siècles plus tard, la nécessité de s’approprier le langage et les codes contemporains est toujours d’actualité.

Des initiatives ont vu le jour en Suisse romande pour rejoindre la population où elle se trouve. S’inspirant des expériences de dynamisation au sein de l’Eglise anglicane, l’Eglise protestante de Genève a développé plusieurs projets pionniers. Elle en a fait un de ses axes prioritaires pour les quatre prochaines années. Ces offres atypiques sont destinées aux chercheurs de sens et de spiritualité qui ne trouveraient pas dans les paroisses traditionnelles la nourriture qu’ils recherchent. Pour quels résultats? Se lancer dans des voies alternatives demande du temps. Les résultats sont encourageants. Rendez-vous dans cinq ans!

Lire également: «Une religion trop libérale aura du mal à survivre»

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