Editorial

Le défi francophone

Même si le poste est âprement disputé, la succession d’Abdou Diouf à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ne suscite pas les passions populaires, c’est peu dire. De manière générale, l’instance continue d’être perçue comme une enceinte qui peine à justifier son existence au-delà du rôle de machin supplémentaire d’un système international qui n’en manque pas. Comme organisme de coopération éducative et culturelle, entre autres, l’OIF n’a pourtant plus à prouver son utilité. On l’oublie souvent, mais il s’agit toujours de son activité principale, à divers niveaux de formation et de dialogue entre les pays.

L’inflexion politique qu’a donnée l’ancien président sénégalais a sa part de risque. Suivi par plusieurs pays, dont la Suisse, Abdou Diouf a jugé que l’OIF doit prendre parti dans les drames qui déchirent certains de ses Etats. Ses proches assurent qu’il a joué un rôle non négligeable, mais discret, dans des résolutions de crises. Ce travail ne doit toutefois pas occulter, encore moins affaiblir, les missions de base de l’OIF. Et entendre certains candidats vouloir ajouter de nouvelles tâches à l’organisation peut faire craindre une fâcheuse dispersion. La course au poste de secrétaire général est le temps des promesses, mais le réalisme devra l’emporter.

Les citoyens des pays concernés ont certes d’autres soucis que cet enjeu-là. Néanmoins, le moment est passionnant pour l’espace mondial francophone. Jamais, sans doute, l’influence française n’a été aussi faible. Comme contributrice, la France a tant diminué son apport qu’elle est suivie de près par le Canada, lequel pourrait bientôt devenir le premier soutien de la francophonie. La tutelle paternaliste de Paris pourrait enfin, et vraiment, appartenir au passé.

Alors que dans le même temps, des statistiques prédisent la croissance du français, et que certains pays d’Afrique connaissent, peu à peu, un nouvel éveil, le jeu francophone peut être rebattu d’une manière stimulante. Sans alourdir le dispositif, mais en le mettant au service des projets les plus efficaces, les plus novateurs.