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 Confronté à une jeunesse cubaine fatiguée par la rhétorique d’une révolution qu’elle n’a pas connue, Miguel Díaz-Canel ne pourra se contenter de maintenir un régime autoritaire. 
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éditorial

Les défis colossaux de Miguel Díaz-Canel à Cuba

Elu jeudi à la présidence du pays, cet apparatchik de 57 ans met fin à six décennies de castrisme, mais en maintiendra les fondements. Confronté à une économie moribonde et à une jeunesse désillusionnée, il ne pourra se contenter d’assurer la continuité du régime

Une passation de pouvoirs sans changement de régime. L’élection, jeudi, de Miguel Díaz-Canel à la présidence de Cuba est un symbole fort. Elle met fin à soixante ans de castrisme, un communisme tropical de forme autoritaire incarné depuis la révolution de 1959 par Fidel et Raúl Castro. Mais après une décennie de changements et pseudo-changements – le retrait de Fidel en juillet 2006, les réformes économiques de Raúl à partir de 2008 et, bien sûr, le rétablissement des relations diplomatiques entre La Havane et Washington –, l’avènement de Díaz-Canel, apparatchik peu flamboyant, ne suffit pas à enthousiasmer les Cubains.

Lire aussi: Miguel Díaz-Canel, un protégé de Raúl Castro au pouvoir

Le nouveau président a certes un atout: il représente une nouvelle génération qui n’a pas connu la révolution. Sa marge de manœuvre sera toutefois réduite, Raúl Castro conservant la fonction de premier secrétaire du Parti (unique) communiste. Or les défis qu’il devra relever sont colossaux.

Déjà saigné par l’implosion, en 1991, de l’URSS, qui avait financé l’idéal révolutionnaire cubain, le pays subit un nouveau coup du sort: l’effondrement du Venezuela, qui lui livrait du pétrole à bon compte. Longtemps surnommé «El Chino» (le Chinois) pour avoir privilégié une libéralisation de l’économie à défaut du pouvoir politique, Raúl Castro, plus pragmatique que son frère Fidel, a su engager des réformes économiques. Il a permis à un demi-million de Cubains de travailler à leur propre compte (cuentapropistas).

La volte-face américaine

Il a libéralisé en partie les voyages et la vente immobilière. Il a aussi saisi la main tendue par Barack Obama pour normaliser les relations avec l’ennemi juré de la guerre froide. Mais de peur de perdre le contrôle d’une libéralisation censée préserver le modèle social cubain, il a pris peur et durci à nouveau la gestion autocratique du pays.

Les espoirs fous créés par la visite historique d’Obama à La Havane en mars 2016 ont fait long feu. Si une frange de la société profite d’un changement limité, mais visible dans les bars et restaurants branchés de la capitale, une majorité de Cubains encaissent une nouvelle désillusion exacerbée par la volte-face américaine de l’administration Trump.

Avec des ressources de plus en plus limitées, les réels acquis de la révolution, la santé et l’éducation, s’effritent. La pauvreté, surtout à l’est, est rampante. L’unification des deux monnaies (peso convertible et peso cubain), un système mis en place par le Lider maximo au moment de la «période spéciale» des années 1990, fait figure d’épouvantail tant elle risque de causer des dégâts sociaux considérables. Elle est pourtant inéluctable. Confronté à une jeunesse cubaine fatiguée par la rhétorique d’une révolution qu’elle n’a pas connue, Miguel Díaz-Canel ne pourra se contenter de maintenir un régime autoritaire. Il devra offrir une ouverture raisonnable. Difficile exercice d’équilibrisme.

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