Dans un Etat, on mesure le progrès au respect et au statut accordé à ses instituteurs, disait-on autrefois. Cette ancienne maxime reste vraie et pertinente. Il y a trente ans, c’était même le premier conseil donné aux pays pauvres par les grandes agences internationales chargées du développement. En 2010, il est frappant de lire que cette préoccupation majeure revient en force dans les pays riches, en particulier dans les rapports consacrés à l’école obligatoire. L’OCDE, le Bureau international du travail (BIT) et l’Unesco soulignent tous les risques d’une pénurie d’enseignants et ses effets délétères sur la qualité à venir du recrutement. La Suisse alémanique s’inquiète du phénomène (LT du 26.04.2010) et peu à peu la pénurie gagne la Suisse romande.

Certes, ce n’est pas nouveau dans l’histoire de l’après-guerre. Mais cette fois tout indique que la crise n’est pas que conjoncturelle. Le statut de l’instituteur, du pédagogue et même du professeur a perdu en prestige, en reconnaissance sociale. A qualifications équivalentes, beaucoup de jeunes diplômés préfèrent s’orienter vers des professions mieux rémunérées et offrant de plus grandes perspectives de mobilité. Ce qui s’apparente à une crise des vocations se nourrit sans doute aussi des querelles incessantes qui se nouent autour de l’école. La bataille idéologique sur les méthodes d’enseignement, les débats sans fin sur la sélection et l’intégration, les difficultés d’entrée des jeunes sur le marché du travail, les nouvelles réalités sociales et comportementales des élèves construisent l’image négative d’une école en crise perpétuelle, sans issue.

La revalorisation si importante du statut de l’enseignant exige une multitude d’actions qui récompensent les meilleurs pédagogues et encouragent les établissements scolaires à s’adapter. Mais la première des mesures à prendre pour contrer une pénurie est de s’assurer que les talents ne désertent pas dans l’indifférence générale la plus noble des missions de service public. Cette tâche est plus fondamentale et urgente que les petites guerres sur les méthodes et les filières. Si l’école a besoin d’objectifs clairs, précis et explicites, le rôle des enseignants exige une reconnaissance plus forte. Plusieurs études et sa propre expérience souvent montrent que la qualité de la transmission des savoirs doit beaucoup à la pratique du maître que la pédagogie nomme aujourd’hui enseignant.