Revue de presse

«Delete your account»: la gaminerie d’Hillary Clinton sur Twitter

Le tweet cinglant de la candidate démocrate envoyé ce jeudi à son rival républicain donne le ton de la confrontation entre les deux vainqueurs des primaires américaines: elle ne sera pas cordiale

Elle a «mis le feu», en quelque sorte, pour Vox. Et «l’univers entier réagit avec joie», écrit The Verge. Hillary Clinton, oui, a battu tous ses records de retweets jeudi en se moquant de son adversaire, Donald Trump, dans un message parfaitement ciselé – «et gamin», juge Le Monde – dans la langue de Twitter. Le milliardaire, dont on sait qu’il est passablement accro au site de microblogging avait d’abord écrit: «Obama vient de se rallier à Hillary la malhonnête. Il veut quatre années de plus, mais personne d’autre n’en veut!»

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Piquée au vif, la candidate démocrate à la Maison Blanche l’a retweeté cinq minutes plus tard, en l’assortissant d’une phrase emblématique des réseaux, sorte de faux conseil d’ami employé ironiquement pour se moquer d’un utilisateur après un tweet particulièrement ridicule ou une blague plate: «Supprime ton compte.» C’est le synonyme de «Va te faire voir!» ou de «Dégage!», grosso modo. Soit «les trois mots les plus bêtes possible», pour le Journal de Montréal. Mais la critique la plus virulente vient du New York Times, qui s’arrache les cheveux en contemplant une telle immaturité politique.

Plus de 360 000 retweets

A cette heure, le message de Hillary a donc été retweeté plus de 360 000 fois, un record pour la candidate, qui a 6,7 millions d’abonnés – Trump: 8,8 millions – et dont le compte adopte d’ordinaire un ton plus institutionnel que celui du républicain. Elle écrit rarement ses tweets elle-même, qu’elle signe alors d’un «-H.», ce qui n’était pas le cas pour ce message, a confirmé son équipe de campagne. Mais «visiblement adeptes des punchlines bien senties, beaucoup d’internautes ont réagi à cet échange musclé avec humour», comme on peut le voir notamment sur Le Huffington Post. Quant au très sérieux Daily Telegraph britannique, il trouve que la réplique de «Madame POTUS» est «excellente».

Mais le terrain est bien glissant, puisque l’ancienne chef de la diplomatie américaine fait justement l’objet d’une enquête du FBI pour avoir utilisé une messagerie privée pour ses communications officielles lorsqu’elle était secrétaire d’Etat, dont la moitié a été effacée par ses soins pour protéger sa vie privée. «S’il y a une personne qui sait appuyer sur la touche supprimer, c’est bien vous», a donc répondu, sur Twitter, le président du parti républicain, Reince Priebus:

Mais comme il déteste ne pas avoir le dernier mot, celui qui dicte ses tweets à ses assistantes en journée et écrit «toujours» ses messages lui-même après 19 heures – avait-il expliqué sur CNN en avril – a finalement répondu, une heure et treize minutes plus tard: «Combien de temps les 823 personnes de votre équipe ont-elles mis pour trouver ça? Et où sont les 33 000 messages que vous avez effacés?»:

Voilà, voilà. C’est dire le niveau du débat. «Un combat épique», pour Fox News. Au final, Trump compte cependant moitié moins de retweets et de like… La première «guerre» ou «bagarre», selon les mots des médias américains, des deux candidats sur Twitter «semble s’achever sur une victoire de la démocrate» pour Le Monde. D’ailleurs, Barack Obama, qui vient d’apporter son soutien à son ex-rivale, invité de l’émission de divertissement The Tonight Show sur NBC jeudi soir, «a rappelé à Donald Trump qu’être président des Etats-Unis, c’était une tâche sérieuse, et pas de la téléréalité». Aussi le producteur (de téléréalité, justement) Elan Gale s’est-il aussi un peu énervé, comme beaucoup d’Américains, qui commencent à la trouver saumâtre, et pas toujours en mots très choisis:

«Ça va être long, ces cinq mois à venir», soupire du coup le Wall Street Journal. «Il y a la politique, et il y a les politicailleries», écrit The Atlantic dans son article, intitulé «Je la retweete», sur le thème de la vaine viralité sur le Net. Nous nous permettons d’en emprunter un paragraphe, avec nos remerciements les plus sincères:

«Vous avez probablement déjà entendu parler du tweet de Hillary, puisque presque tous les médias en ligne ont publié quelque chose à ce sujet. Vox a fourni une explication détaillée de la phrase «Delete your account». […] Gawker a simplement intégré ledit tweet avec ce commentaire dépité:

Et moi, j’ai écrit cela. Quelle honte.

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